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Dix films, pas un de plus. Avec cette auto-sentence, le Don Quichotte armé contre les moulins hollywoodiens (comme le définit son confrère Frédéric Sojcher) fait ses adieux à la seule résistance légitime : la réalisation. Bien plus qu'un épilogue, Arthur et les Minimoys reflète la carrière d'un cinéphile paumé entre ses idées et ses idoles, entre des scénarii intimistes et une caméra vouée au gigantisme US. A trop jouer du grand écart, Besson est devenu le moulin à vent. La gangrène de son cinéma.
Un film d'animation signé Besson ? On a du mal à imprimer l'événement, le principal intéressé également. A l'avant-première d'Arthur et les Minimoys, le réalisateur, proche de la retraite, met en garde : c'est forcément moins bon que chez Pixar et Dreamworks. Il n'a pas à rougir pourtant. Certes, le procédé sent fort la resucée : l'intégration de personnages 3D dans des décors en prises réelles, on n'avait pas vu ça depuis... Dinosaure de Disney, sorti il y a 6 ans. Sauf que les petits frenchies de BUF (compagnie spécialisée dans le design numérique et qu'on retrouve aux génériques de La cité des enfants perdus, la trilogie Matrix, Le Prestige) ont clairement soigné leur bébé. Le monde miniature des Minimoys s'offre à nous comme une prolongation de la salle, à l'instar d'une attraction Eurodisney, Chérie, j'ai rétréci le public pour ne citer qu'elle. De l'exploration minutieuse de la cité souterraine et l'attaque des moustiks, il ne manque à cette mise en scène immersive qu'un détail : des vérins hydrauliques sous nos fauteuils !
Au-delà du spectacle son et lumière injustement limité aux plus de 12 ans - d'un, Noël approchant, tout public régresse sous les luminons, de deux, les Minimoys rappellent trop les trolls chers aux rejetons des eighties pour laisser la génération suivante se les accaparer -, l'ultime affiche Besson éternue les déjà vu (la sensation, pas le Scott voisin) et finit en testament grippé. Depuis le remontage américain de son Grand Bleu (et le coup de balai sur les compos de Serra), le working boy complexe. Besson le réalisateur (soit le super-éxécutant selon la mécanique américaine) devient Besson le producteur (le super-exécutif, propriétaire du tout puissant final cut). Aguerri aux techniques de marketing qui l'ont méprisé, le cinéaste s'adoube chantre de l'entertainment à la française et ça marche. Arthur and The Invisibles (dans la version US) est visible de tous : pas moyen de prendre le métro, de passer à sa banque ou de surfer sur son mobile sans croiser du liliputien. On a d'ailleurs reproché à Besson de phagocyter son oeuvre en dealant avec Orange la diffusion, un mois avant sa sortie, des 40 premières minutes. Et pourtant Besson fait toujours du Besson, comme McDo fait toujours du McDo malgré ses salades plus.
Arthur et ses nains, ainsi, ne dépareille pas du Dernier Combat (et avant lui de L'avant-dernier, son court-métrage introductif), de Nikita ou de Léon. Même symbolique duale de l'Homme qui vit Destructeur mais se fantasme Créateur. Ajoutez à cela les doléances écolos d'un Grand Bleu ou d'Atlantis et tout est lié. Les héros de Besson fuient une réalité condamnée (ou préfigurent plus intimement l'introversion de l'auteur) : Fred se réfugie dans le métro, Jacques Mayol sous l'océan, Jeanne d'Arc a ses voix, André son Angel-A et Arthur, les contes de sa grand-mère. Pas de rupture donc, juste une progression permise par la maîtrise enfin aboutie de son cadre pour le réalisateur. Où est-ce que ça cloche alors ?
Le récit. Si Le Dernier Combat brillait par un script personnel et depuis repris (jusque là série très populaire Buffy contre les vampires qui, dans l'épisode Un silence de mort, par son usage du muet, restitue un malaise on ne peut plus similaire), celui d'Angel-A est gommé par ses similitudes avec La vie est belle de Capra. Même pas cité en hommage, un honneur qui autrefois était accordé à Moebius au générique du Cinquième Elément ou à Tanino Liberatore, dessinateur de Ranxerox, la BD qui inspira Léon. Pour Arthur, Besson sourit : son «dernier combat» est comparé à Chéri, j'ai rétréci les gosses ou aux trolls de notre enfance justement. Pas un lien vers L'histoire sans fin, autre référence du cinéma jeunesse dans les 80's, ou encore Le talisman des territoires, un conte signé pour leurs enfants par Stephen King et Peter Straub. Le copier / coller frappera sans doute sous peu, Dreamworks ayant prévu d'adapter le roman en minisérie. D'ici là, la preuve est faite que l'esprit clinquant de Noël existe : Besson a biaisé sa némésis, la critique, avec une comptine. Tiens et pourquoi pas recommencer : un Arthur et les Minimoys 2 puis 3 ? Lucky Luc l'envisage. Après tout, la retraite, ça ne paie plus en France...

Arthur et les Minimoys
Réalisé par Luc Besson
Avec Freddie Highmore , Mia Farrow, Madonna
Sortie en France : 13 décembre 2006
[Illustrations : © EuropaCorp Distribution]