Avatar de James Cameron


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Le nouveau monde de James Cameron



Le 21 août 2009, James Cameron montrait à quelques milliers d'happy few 15 minutes de son projet tant attendu, Avatar, dont la sortie est prévue le 16 décembre. Petit bilan à chaud pour un film déjà vendu comme révolutionnaire.
Après des projections à Amsterdam et au ComiCon de San Diego, le 21 août 2009 James Cameron a enfin montré au grand public sa bande démo d'Avatar. Soit 15 minutes du film montrant une série de 5 extraits disséminés à divers endroits de l'intrigue. Projeté dans les salles iMax aux USA (qui furent prises d'assaut) et dans une sélection de cinémas Pathé en France, cet événement fait figure de première et démontre bien l'attente suscitée par un film qu'on ne cesse de vendre comme révolutionnaire. En projet avant même Titanic, conçu à partir de nouveaux procédés de motion capture et filmé avec des caméras sur lesquelles Cameron travaille depuis quinze ans, Avatar se veut en effet le nouveau fer de lance technologique de la 3D. Il promet une expérience inédite qui poserait réellement les bases d'un cinéma en relief. Hélas, autant calmer d'emblée les ardeurs, ces 15 minutes supposées faire de la pub à l'un des principaux arguments commerciaux du film sont loin d'être sidérantes. Mais heureusement, il n'y a pas que ça.

L'avenir du cinéma en relief ?

Pour ceux capables de percevoir les effets 3D (car malgré les nouvelles technologies et paires de lunettes, ce n'est pas encore le cas de tous), on remarquera donc un emploi discret et pas toujours habile du relief sur divers détails - comme par exemple des éléments ou objets du décor sortant de l'écran : feuilles, racines, écrans d'ordinateur... - ainsi qu'une légère impression de profondeur ajoutant une dimension supplémentaire aux corps des personnages. Cet emploi relativement pondéré, à ce qu'on a pu voir, n'est dans un sens pas plus mal. Le film ne cherche visiblement pas à distraire ou épater avec des gadgets visuels qui ont comme défaut en général de détacher émotionnellement du film. En revanche, quand Cameron utilise ses effets dans d'autres séquences entraperçues dans un montage rapide de plusieurs passages du film à la fin de sa démo, on sent que l'ampleur des décors et des grandes batailles aériennes semble être particulièrement adaptée à la 3D en termes de profondeur de champ.

Le nouveau nouveau monde

Si l'impression de relief n'est a priori pas bouleversant (mais laissons sa chance au film et à Cameron), l'univers promet davantage. Le peu montré en quinze minutes fait la part belle à la planète Pandora où se déroule l'intrigue. En deux mots, celle-ci raconte l'aventure d'un humain handicapé et militaire (Jack Sully), à qui l'on donne le corps d'un extra-terrestre (un avatar) grâce auquel il va pouvoir s'infiltrer chez les Na ‘vis. Ceux-ci vivent en harmonie sur une planète sauvage peuplée de dinosaures et autres dragons qu'ils chassent ou domptent. Du peu qu'on voit, on comprend vite que le héros tombe amoureux de l'une des natives de Pandora, qu'après des débuts difficiles il va probablement réussir son intégration, et que suite à diverses péripéties, les terriens vont finir par débarquer avec leur artillerie lourde. Ce qui promet une puissante bataille finale, beaucoup de drames, des dilemmes, des choix, et surtout une lourde prise de conscience sur la nature humaine - avec dit-on un message écolo histoire d'être dans l'air du temps.

Un univers riche et prometteur

En allant vite, on pourrait dire qu'Avatar est une relecture du Nouveau monde de Terence Malick. Les personnages font beaucoup penser aux Indiens, la fille notamment à Pocahontas (référence assumée). L'histoire de cette conquête et d'un héros promis au métissage évoque aussi plusieurs similitudes avec la découverte de l'Amérique : comment une civilisation plus évoluée supplante, conquiert et sacrifie une culture indigène au prix d'un génocide. Mais le point fort, ce qui reste avec une poignée d'image le plus séduisant, c'est cet univers sur lequel Cameron peut exercer avec ses ordinateurs un contrôle absolu. Constituée d'immense forêts, de jungles, de montagnes et de verdure à perte de vue, la planète Pandora est riche, luxuriante ; on sent un travail soucieux de chaque détail afin d'offrir un espace chatoyant pour l'œil et vivant pour l'âme. Les paysages fourmillent de détails, c'est beau, coloré, surtout il y a un style, une esthétique. Les bestioles sont elles moins convaincantes (plastique trop lisse, artificielle), mais dans l'ensemble, on voit que Cameron synthétise toutes ses influences pour créer un monde très emprunt de la SF Fantasy des seventies (en BD et illustration surtout).

Des personnages peu évidents

Quoique fort de cette direction artistique prometteuse et d'une mise en scène démontrant en quelques séquences que Cameron n'a pas perdu son sens du découpage (les plans respirent, ils sont chargés d'amplitude), on demeure plus réservé en revanche concernant les personnages. Ces fameux Na'vis, aliens bleus et longilignes fabriqués en image de synthèse et à partir d'un nouveau procédé de performance-capture, n'ont pas un design des plus fédérateurs pour un projet à la production aussi onéreuse (315M$, ce qui en fait le budget le plus conséquent de l'Histoire). Si d'autres films ont su imposer leurs héros digitaux (Gollum dans la trilogie tolkienne de Peter Jackson), ici, il est difficile a priori de vibrer pour ces corps aux visages de chameau écrasé. Peut-être est-ce une question d'apparence et de goût. Car si on ressent nettement la volonté de les charger de vie et d'émotion, on a toutefois du mal à éprouver une réelle empathie pour eux tant leur apparence laisse perplexe. Il faut toutefois noter aussi que les dialogues et les situations entraperçues ne font pas grande impression. Lorsque le héros, transformé en alien, continue à sortir des vannes avec sa diction et son accent américain, il y a comme un décalage qui ne colle pas.

RDV le 16 décembre

En 15 minutes, cette bande démo laisse donc une impression mitigée. Techniquement, même concernant l'image de synthèse, ce n'est pas la claque tant attendue. Artistiquement, il y a indéniablement une identité visuelle forte et très prometteuse. En termes de récit, on comprend en quelques lignes vers où mène l'intrigue, a priori pas renversante, mais ce n'est peut-être pas son but. S'il est difficile de se faire une idée en si peu de temps, sans doute même est-ce un peu absurde de se rendre à un telle projection (un peu comme de tester un prototype au salon de l'auto), on demeure donc à la fois séduit et parsemé de doutes. Probablement à tort, car on devrait garder foi en James Cameron, qui déclare vouloir réaliser avec Avatar le film de SF Fantasy dont il rêvait depuis l'adolescence. Et nul doute que malgré nos réserves le pari est immense et l'œuvre promise à faire date. Pas certain que le film soit la démonstration tant attendue des vertus propres au cinéma en relief (gadget dont on peine décidément à voir le réel intérêt), mais certainement un projet ambitieux qu'on continue d'attendre de pied ferme.

Avatar
De James Cameron
Avec Sam Worthington, Sigourney Weaver, Michelle Rodriguez
Sortie en salles le 16 décembre 2009

Illus © Twentieth Century Fox France

 

Jérôme Dittmar

Le 23 August 2009
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