| 1. | Mamma Mia ! - le film |
| 2. | Harcelés |
| 3. | Le Royaume Interdit |
| 4. | Appaloosa |
| 5. | Cliente |
| 6. | Parlez-moi de la pluie |
| 7. | Entre les murs |
| 8. | Go Fast |
| 9. | Séraphine |
| 10. | Faubourg 36 |
| . | Entretien avec Patrick Huard |
| . | Entretien avec Rémi Bezançon |
| . | Entretien avec Albert Serra |
| . | Entretien avec Rachida Brakni |
| . | Entretien avec George Clooney |
| . | Toutes les interviews ciné |
| . | La Frontière de l'aube |
| . | Vicky Cristina Barcelona |
| . | Khamsa |
| . | Super Blonde |
| . | Being W. |
| . | Blindness |
| . | La Loi et l'ordre |
| . | Appaloosa |
| . | De la guerre |
| . | Vinyan |
| . | Toutes les critiques ciné |
| . | Festival Shadows |
| . | Le 11 septembre au cinéma |
| . | Les films de l'été |
| . | Palmarès Cannes |
| . | Histoire du cinéma mexicain |
| . | Tous les dossiers ciné |



Avec son quatrième long métrage, Michel Ocelot accomplit deux miracles : d'une part, il utilise l'informatique pour engendrer un objet qui ne doit rien aux habituelles grosses productions ; d'autre part, il produit des couleurs et des sons d'une richesse telle qu'elle touche au vertige des sens. Azur et Asmar chante ainsi la beauté des contraires, de manière originale et unique.
Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, écrivait Montaigne. A l'inverse, quand la technologie se met aux service d'une noble idée, il y a fort à parier que le résultat sera des plus exaltants. Et c'est ce qui se produit avec Azur et Asmar, le nouveau long métrage de Michel Ocelot. Après Kirikou et la sorcière, il lui a fallu cinq pleines années pour accomplir ce miracle : le mariage idéal, parfait, entre un outil, l'animation assistée par ordinateur, et sa vision d'artiste.
Autour d'un conte imaginé de toutes pièces et évoquant les Mille et une nuits, lui et son équipe française (le film a été entièrement réalisé à Paris) ont brodé, ciselé, poli des images à la splendeur rare. Partant de l'amitié puis de la rivalité qui unissent un jeune européen à un jeune arabe, tous deux en quête de la fée des Djinns, ils nous font voyager au cœur d'une imagerie moyenâgeuse et syncrétique. L'écran met en mouvement les enluminures et autres miniatures illustrant les manuscrits des temps anciens. La peinture persane côtoie les intérieurs de Van Eyck et les portraits de Jean Fouquet,
le flamboiement des couleurs se mêlant à la rigueur des lignes et des architectures. Ocelot est parvenu à capter puis retranscrire le mystère qui s'échappe de ces images plusieurs fois centenaires. Ce résultat, il ne pouvait l'atteindre sans l'aide de la technologie la plus moderne. Et cette rencontre, déjà insolite en soi, est d'autant plus belle qu'elle prend l'exacte contre-pied de ce qui fait majoritairement dans l'animation contemporaine, en particulier aux Etats Unis.
Par ses sources d'inspiration, le cinéaste met en mouvement des images volontairement plates. Leur magnificence provient non de leur imitation exacte de la nature, d'un rendu de relief, mais de leur assimilation à un univers pictural dont toute profondeur de champ serait banni. Courageuse, l'idée s'éloigne ainsi des modes dominantes. Ocelot ne lorgne pas du côté de l'exploit technique - quoiqu'au fond, son film en accomplit un. A la différence des grands pourvoyeurs en animation 3D (Pixar, entre autres), il rejette le naturalisme pour une mise en aplat et atteindre une autre forme de vérité, plus esthétique et émotionnelle.
Azur et Asmar, c'est ainsi le choc des cultures mais aussi des couleurs et des sons. Azur, blond aux yeux bleus venu d'un vert pays, est plongé dans un univers qu'il ne connaît qu'en imagination, celui dit « du soleil », au sable si jaune et aux montagnes arides. Là, il découvre superstitions et méfiance, mais aussi générosité et amour. Il y retrouve Asmar aux noirs cheveux, à la peau mate et à la langue étrange. L'apprentissage de l'autre passera autant par la vue que par l'écoute, produisant un tourbillon de contrastes. Par cette somme des contraires, de même que le gris survient du mélange du blanc et du noir, le conte dépasse son apparent manichéisme et explore la profusion du monde, sa diversité précieuse. Au delà du rappel à la tolérance et aux nécessaires compromis,il débouche sur une impression d'harmonie, si chère à Michel Ocelot. Un équilibre des formes qui semble venir de loin, de bien loin, de la nuit des temps peut-être.
L'intelligence de Azur et Asmar ne naît pas tant de son récit que de ses images. Elles et elles seules produisent cette splendeur qui parle autant à l'esprit qu'aux yeux et aux oreilles. Se nourrissant des chefs d'œuvre du passé, elles portent en leur sein ce qui fait la grâce de tout art véritable : le spectacle de la réalité, saisie dans sa multitude, sinon son infini. Miracle rendu possible par le talent de Michel Ocelot, qui avec ce film se place au niveau du russe Youri Norstein et des japonais Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Au sommet donc.
Azur et Asmar
Réalisé par Michel Ocelot
Avec les voix de Cyril Mourali, Karim M'Riba, Patrick Timsit
France, 2006 - 99 mn
Sortie en France : 25 octobre 2006

Sur le Web : - le site officiel