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Soyons clair et concis. Babel ne mérite pas les éloges qui lui ont été attribuées, surtout à Cannes pour son incompréhensible prix de la mise en scène qu'on devrait prendre le temps de démonter scientifiquement. Si on avait déjà peu été séduit par les effets de manche d'Iñárritu dans Amours chiennes ou 21 grammes, avec ses constructions narratives faussement sophistiquées, ses montages parfois invraisemblables et son symbolisme pompier, Babel touche le fond et bien. Comment est-ce possible, où est l'erreur du jury cannois, comment le film peut-il faire autant illusion ? On ne sait trop comment répondre tant le résultat est désarmant et tant Iñárritu se complait ici dans une prétention inouïe au tragique et à une sur-signification pseudo philosophique de bazar démesurée.

Comme on n'a pas forcément vu le film de Mann, admettons que cette variante - dont la construction repose sur l'effet papillon et sur une idée du décalage horaire (chaque segment géographique a lieu au même moment et la narration tente de créer une temporalité universelle prenant en compte les décalages) - fasse illusion et qu'on puisse s'intéresser à ces personnages. Ce qui n'est pas gagné étant donné que leur existence est entièrement soumise au seul sens du dispositif. Mais soit. Où nous mène alors l'habile et étourdissante construction de Babel ? A une très approximative vision tragique de l'humanité où l'interdépendance de nos actes prendrait des conséquences insoupçonnables. Au final, la vérité n'est pas là où on le croit, l'innocence est bafouée, l'Amérique paranoïaque, la jeunesse nippone paumée et livrée à elle-même ; les familles disloquées ne se parlent plus, les immigrés clandestins sont des victimes du capitalisme global, le monde est devenu instable alors que tout semble connecté, mais il nous reste l'amour luisant dans la nuit noire. Bonne nouvelle.
Passée l'implacable vision schématique de Babel, on ne peut passer sur son absence de mise en scène. Plutôt que faire quatre films, Iñárritu a choisi de n'en faire qu'un (c'est son projet). Problème, chaque partie ne se tient ni dans le tout ni en soi. Sauf peut être l'histoire japonaise, parfois émouvante et qui aurait mérité un film à elle seule, le reste n'est que digression interminable pour arithmétique du propos global. Très vite plombant d'ennui, totalement prévisible et à renfort de justification scénaristique grossière ou de parti pris risible (le montage son dans le club à Tokyo), chaque segment triomphe par le vide, sa lenteur et l'unique présence d'une caméra qui filme ses personnages comme pour capter un panel de sujets.
Maintenue à distance par une mise en scène qui croit coller aux corps, aux visages et aux lieux avec le réalisme journalistique comme seule fin en soi (ou presque), Babel laisse une désagréable impression de pensum théorique où l'on voudrait observer l'humanité à la loupe avec une abstraite rigueur scientifico-humaniste. La lourdeur du propos -qui aurait pu passer pour naïf s'il n'avait de telles prétentions philosophiques-, est ainsi constamment contaminé et aggravé par un parti pris formel crâneur, inexistant et injustifié en vu de ce qu'il produit. Cette manière de s'autoproclamer grand auteur, avec une grandiloquence stylistique excessive où ne s'enchaîne que du déjà-vu se donnant l'allure de l'originalité suprême, fait des 2h25 que dure Babel un long calvaire. Palme du film le plus balourd de l'année, haut la main.
Bande Annonce (anglais):
Babel
Réalisé par Alejandro González Inárritu
Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal
Sortie en France : 15 novembre 2006
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