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Tourné la même année que Sergent Zack (The Steel Helmet, 1951) et situé également pendant la guerre de Corée, Baïonnette au canon est un de ses films au pragmatisme abrupt ; une œuvre qui regarde droit et sans faillir la réalité de la guerre, au travers d'un peloton de quelques hommes chargés de défendre une position tout en devant se faire passer pour un régiment entier. Plutôt qu'une guerre spectacle ou la bravoure des hommes, Fuller préfère filmer leur quotidien, leurs gestes, leurs méthodes de survie en terrain hostile : comment lutter contre le froid ou troquer des chaussettes sèches, par exemple. Il s'agit d'apprendre et de voir des choses concrètes. Ainsi le film ne cesse de se concentrer par des cadrages denses, Fuller multipliant les plans serrés sur des visages souvent silencieux pour mieux faire diverger son film aux frontières d'un huis clos réaliste. Mais un peloton, ça bavarde aussi, beaucoup, moins pour parler du pays que pour commenter le présent, l'ici et maintenant. Baïonnette au canon est proche d'un reportage, de ce journalisme que Fuller a toujours décliné en cinéma.
Baïonnette au canon n'a ni héros ou acteur principal. Le cinéaste filme un groupe, ce qui lui permet de se focaliser ponctuellement sur un personnage, parmi d'autres, et de le confronter à un dilemme moral et émotionnel renvoyant le film à une réflexion sur l'autorité. En situant ce conflit individuel dans l'action, Fuller montre le comment plutôt que le pourquoi du commandement. Il fait de l'autorité une nécessité de terrain n'ayant pas besoin de justification morale. Il faut agir, prendre des décisions, sauver les siens, sa peau, éliminer l'ennemi, trouver des stratégies. Accepter de faire autorité, c'est admettre en sa propre conscience un possible droit de vie et de mort n'ayant pas d'autre raison que d'une réaction causale arbitraire. Il faut penser froidement, sans état d'âme, regarder la mort dans les yeux. Sans sentimentalisme ni patriotisme, Fuller montre que commander un peloton c'est d'abord céder à l'action, être dans le présent, se défaire de ses convictions. La guerre relève moins chez lui du débat philosophique que d'une relation concrète aux événements et au réel. Il propose une réflexion globale sur un sujet à partir d'une représentation de l'expérience en action. En cela réside toute la force de son cinéma.

Baïonnette au canon
Réalisé par Samuel Fuller
Etats Unis, 1951 - 1h32
DVD édité chez Carlotta films
Sur le web : - Le site de Carlotta
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