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À la vision de Bande de sauvages s’impose une grande question que la cinéphilie et la critique ne se sont, semble-t-il, jamais posées : pourquoi une comédie familiale, ce serait forcément débile ? Faut-il en conclure qu’en famille on est naturellement enclin à la bêtise, au relâchement intellectuel total ? Qu’on peut tout se permettre, les blagues les plus vaseuses, les attitudes les plus prosaïques ? Et inversement, qu’enfin désolidarisé de la famille, l’individu serait capable de rire devant des comédies mieux écrites, mieux jouées, bref de se tenir ?
Il faudrait, à partir de Bande de sauvages, mais aussi de toutes les comédies familiales made in France (auxquelles ce produit US fait beaucoup penser), définir une théorie, ou faire l’analyse du principe de cette débilité. Il y a là tout un paradigme à dessiner, un paradigme sociologique voire anthropologique. Pourquoi, ou comment, peut-on penser qu’en famille le public aime se satisfaire de la connerie ?

Bande de sauvages c’est un peu Easy Rider pour les beaufs. Autant dire la seconde mort du mouvement libertaire des sixties qui trouve là à la fois son achèvement final et sa possible résurrection. Le film, d’une vulgarité peu concevable mais parfaitement assumée, enchaîne ainsi jusqu’à l’excès des gags datant d’Harold Lloyd (la planche qu’on n'a pas vue et qu’on se prend dans la tronche) et des grands moments de prosaïsme très en dessous de la ceinture. Scènes scatos ou triviales, quiproquos homos, personnages de bikers dignes de Cro-Magnon, tel est son lot.
La palme à la bande de motards dirigés par Ray Liotta comptant montrer à ces bikers du dimanche ce que c’est d’être un vrai mec. Toute la petite histoire se terminant avec l’inévitable bourgade de gens biens où nos peureux atterrissent, et où leur petite fierté de rester des mecs sera un brin revitalisée après leur baston contre la bande à Liotta. Mais non sans nuances. Car évidemment le principe de Bande de sauvages ne tient qu’à une chose, montrer que l’American Dream des sixties c’est terminé (le film s’acharne à démonter son image) et que finalement, pour assumer sa virilité, inutile d’être un pur et dur.
Cette manière de faire encore de la psychothérapie de groupe, de démystifier la crise de la quarantaine, de promouvoir un esprit de bande, de famille, où chacun est libre de ses loisirs sans avoir de compte à rendre à quiconque, aurait pu être tout à fait sympathique. Si le ton n’était pas aussi lourdingue, Bande de sauvages aurait pu raconter avec joie que l’estime de soi n’est jamais à chercher justement du côté des clichés. Que rester jeune, après tout, il suffit de le vouloir, et que c’est ça aussi le fondement de la démocratie américaine. Une manière d’exister ensemble et de choisir ce que l’on veut être librement, quelque soient l’époque, le temps, l’image que l’on projette. À sa manière, le film raconte aussi tout cela - mais malheureusement il faut voir comment - et surtout que, face à l’idéal existentiel des sixties, il a troqué la société des loisirs. De là à dire qu’on a perdu au change.
Bande de sauvages
De Walt Becker
Avec John Travolta, Martin Lawrence, William H Macy, Tim Allen, Ray Liotta
Sortie en salles le 13 juin 2007

Illus. © Buena Vista International