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Bataille à Seattle

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Cause perdue

Pour son premier film, l'acteur Stuart Townsend ressuscite les évènements de Seattle en 1999 et nous révèle son admiration pour la révolte altermondialiste. Un film hommage naïf, assez mal foutu et aux troublants relents de Bloody Sunday.

Ça y est, on le tient notre premier film altermondialiste. Un pur, un vrai, avec le même look un peu négligé, le même enthousiasme juvénile, le même idéalisme naïf. C'est beau, un véritable hommage à la cause perdue des causes perdues, sans recul, presque une déclaration d'amour. Stuart Townsend impose le respect tellement il épouse son mouvement à l'aveugle, avec un sourire béat de candide révolté qui s'est offert l'anthologie du Monde Diplomatique et les œuvres d'Ignacio Ramonet hier. Car attention, Bataille à Seattle : film coup de poing. Townsend a vu (hier aussi) Bloody Sunday et il a bien aimé. Comme il se sent vachement concerné par l'avenir du monde et qu'il fantasme sur ses copains à keffiehs, pourquoi pas faire comme Greengrass mais à Seattle durant les manifestations de décembre 1999 qui avaient dégénéré en émeutes et tabassages en bonne et due forme par la police. Pour rappel donc, le film nous briefe avec une petite synthèse résumant l'histoire et le système de l'OMC (comme au début du Royaume en moins bien, c'est dire). On dirait un exposé d'élève de CM2 en vidéo, c'est énorme. Ensuite, comme tout bon film catastrophe, présentation des protagonistes, des manifestants professionnels aux institutions (flics, maire) en passant par la journaliste et la victime innocente.

On l'a dit, le film embrasse sa cause avec un lyrisme très premier degré. Inutile d'attendre une quelconque analyse ou un regard décryptant la nature du mouvement et encore moins les causes (réelles) qui en sont à l'origine. A ce niveau, Bataille à Seattle vaut tous les clichés sur les altermondialistes - et donc une certaine vérité. Ce qui intéresse Townsend est peut-être ailleurs. Dans la dégénérescence des manifestations d'abord, ou comment la police, débordée, a eu recours à une violence abusive. Là le bouc émissaire est tout trouvé : le flic. Sur ce plan, Townsend n'assure pas. Il n'a pas les moyens de ses ambitions, n'arrive pas à faire monter la tension, et inversement à Greengrass, il est incapable de déconstruire l'événement via la multiplicité des points de vue. Pire : l'odieux suspens sur la victime innocente (Charlize Theron enceinte) qui en rajoute inutilement sur la responsabilité commune. Aucune étude donc de décomposition sur la violence policière, juste une attaque aussi aveugle que ce qu'elle dénonce. Au fond, ce que veut vraiment filmer Townsend c'est une énergie. Celle de ceux qui militent malgré la police et qui continuent à se battre tel Don Quichotte contre des organisations toujours plus puissantes. Il veut capter ce faisceau abstrait qui unit les êtres dans leur insoumission. C'était une belle idée, mais plutôt ratée.

 

Bataille à Seattle
De Stuart Townsend
Avec Charlize Theron, Woody Harrelson, Ray Liotta
Sortie en salles le 7 mai 2008

Illus. © Metropolitan FilmExport

 

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Jérôme Dittmar