Being W. de Karl Zéro


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Rantanplan aux Enfers



Après Dans la peau de Jacques Chirac, "docu-marrant" qui aurait pu se contenter d'une diffusion télé, on craignait un peu cette récidive de Karl Zéro et Michel Royer autour de la figure de George Bush. Evitant de se vautrer dans la farce, Being W. est surtout un rappel efficace de notre histoire récente - et toujours en cours - où le grotesque le dispute au tragique.
« Autobiographie non autorisée » du président américain le plus controversé, voici comment se présente Being W., récit de la vie de George W. Bush par lui-même, avec de vraies images d'archives et un faux W en voix off.
Présenté comme un objet comique, avec une ironie dans le commentaire et un choix d'images qui tiennent souvent du bêtisier, le film de Karl Zéro et Michel Royer ne se vautre pas pour autant dans le gag, comme son sujet le lui permettait. George Bush, figure éminemment grotesque au pouvoir de nuisance sans précédent dans l'histoire, et à la vie, dans toutes ses contradictions et son outrance, sacrément romanesque. Une figure qui contient intrinsèquement ce mélange absurde de grotesque et de tragique selon lequel s'articule le film. Nul besoin d'en rajouter.

De ce point de vue, le commentaire en voix off, qui tient de la fiction, ne dépasse jamais le degré d'absurdité de propos réellement tenus par le président américain et qui ne cesseront de consterner - ses blagues à propos des armes de destruction massive en plein conflit irakien par exemple. Et c'est tant mieux. Les auteurs parviennent à limiter le gag surfait et surjoué pour se contenter de souligner la mauvaise blague qui se joue sous nos yeux stupéfaits.
Le principal intérêt du film n'est évidemment pas cinéphilique, ni même analytique, mais réside dans la diversité des images d'archives. Elles sont agencées en chapitres qui sont autant d'étapes de la vie de W - les deux tiers des images concernant sa carrière avant son arrivée à la Maison Blanche et l'histoire de la famille. A l'image du personnage, un born again qui croit en son « destin » divin, le récit est construit autour de son œuvre, de sa « mission », de sorte que chaque événement et leurs conséquences actuelles semblent inéluctables. Cet effet narratif est d'ailleurs une réussite et permet d'aller plus loin que la simple collection des faits. On en ressort ni étonné ni surpris, mais un peu sonné, prenant conscience que notre cerveau a une capacité - sans doute salutaire - à oublier des événements pourtant proches, dont Being W. vient nous rappeler, sous ses atours gentiment comiques, la dimension tragique. Une expérience vaguement masochiste.

Being W.
De Karl Zéro et Michel Royer
Sortie en salles le 8 octobre 2008

Illus. © EuropaCorp Distribution

 

Vanina Arrighi de Casanova Le 06 octobre 2008
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