Bellamy de Claude Chabrol


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Sous le signe de Simenon



Un peu mollasson, le dernier Chabrol a pour excuse une tentative d'hommage au subtil style déceptif de Simenon (et non à Maupassant). Bellamy est surtout l'occasion d'admirer la bête Depardieu dans son plus beau rôle depuis... depuis quand ?
Les temps qui changent, de Téchiné (2004), rappelait qu'un Gérard Depardieu bien dirigé pouvait encore faire des miracles. La rencontre Depardieu / Chabrol - la toute première entre ces deux monstres du cinéma français ! - confirme la règle, avec Bellamy, une véritable offrande faite à Depardieu. Physiquement lent et massif, Paul Bellamy est un commissaire instinctif et placide, humaniste et intelligent à la Maigret. Sa femme Françoise veut partir en vacances, mais lui est préoccupé par deux choses, deux prétextes (il déteste les voyages) qui le scotchent à Nîmes. D'abord son demi-frère alcoolique (Clovis Cornillac), sorte de double négatif de lui-même débarqué chez lui à l'improviste, et dont le destin chaotique le préoccupe autant qu'il l'agace. Ensuite, il y a cet homme étrange rôdant autour de sa maison, et qui lui réclame sa protection après un meurtre. Un homme double, lui aussi, voire triple (Jacques Gamblin incarne trois personnages). Bonne poire, Bellamy se prend d'intérêt pour lui.

D'abord, la déception. Malgré un montage assez nerveux, le film s'engonce vite dans un faux-rythme de téléfilm, sans suspense ni grande ambition formelle. Jalonnée de références appuyées à Brassens (dès le générique) et à Simenon, cette histoire de faux semblant et de manipulation ne retrouve ni la verve satirique ni l'humour du premier George, mais parvient à retrouver la finesse de trait du second, à défaut de l'intensité dramatique. Très cheap, à l'image des postiches ridicules collés sur le visage de Jacques Gamblin, l'intrigue policière du film n'est en fait qu'un prétexte trouvé par Chabrol pour tailler le portrait de Depardieu. Qu'il « souffle comme un bœuf » dans les escaliers, ou laisse tomber une bouteille en surprenant sa femme avec son demi-frère, l'acteur, pour une fois sobre, fascine constamment. A mesure que le film avance, le personnage d'abord « simple » et rassurant de Bellamy gagne en complexité (rapport de mépris/jalousie avec son demi-frère, doute sur la fidélité de sa femme) et en ambiguïté au contact des autres (proximité physique avec les criminels et les femmes), s'imprégnant de noirceur tel un papier buvard. Car comme Simenon, et pour paraphraser Robert Poulet, Chabrol s'intéresse plus ici aux états qu'aux actions, perçus à travers le regard d'un seul : celui de Depardieu, perdu et opaque, illustre à merveille la finesse de cet art déceptif.

Bellamy
De Claude Chabrol
Avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin
Sortie en salles le 25 février 2009

 

Illus.© Moune Jamet

Eric Vernay

 

Le 23 February 2009
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