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A la seule évocation du sujet (des moutons transgéniques et tueurs), l’imagination s’emballe : festival gore, virulente charge écolo, personnages délirants… Mais un film peut difficilement réussir tout cela à la fois, à moins de déployer écriture millimétrée et rythme endiablé. Si ce n’est pas toujours le cas de Black Sheep, Jonathan King transcende son manque de moyens par un enthousiasme très communicatif.
Black Sheep instaure d’emblée un climat de familiarité. Au sein de ces charmantes collines, les personnages prennent rapidement consistance grâce à une exposition des enjeux qui décrit une communauté homogène, malgré les différences qui l'animent. Et lorsque le surnaturel pénètre le récit, la mise en scène décide de conserver sa sérénité : les moutons et leurs attaques sont filmés avec calme, comme si Jonathan King refusait de conférer un caractère extraordinaire à sa trame de départ. Ces bestioles transgéniques dégagent une force tranquille, donnant des apparences de normalité à des situations pourtant peu banales.
Le tour de force du film, c’est que les décors naturels de Nouvelle-Zélande finissent par sembler plus irréels que les moutons en carton-pâte. Ces paysages ensoleillés paraissent trop apaisants pour être vrais, tandis que la brutalité des moutons se présente comme une manifestation naturelle de la punition que mérite l’irresponsable espèce humaine. Par cet effet d’inversion, Black Sheep illustre parfaitement l’idée de contamination : le mouton blanc devient démon noir, les décors intérieurs comme extérieurs se voient envahis et le réalisme se confond avec le fantastique. Jonathan King rétablit donc le pouvoir de la fiction, faisant oublier son manque de moyens par la parfaite gestion d’un concept fort, celui de nivellement global et d’envahissement de tout par tout.
Black Sheep parvient même à évoquer quelques prestigieux modèles. Lorsque les corps connaissent mutation et animalisation, nous ne sommes pas loin des visions d’un David Cronenberg ou d’un George Romero. Cette façon directe d’exposer des visions crues trouble la perception et affirme l’ambition du film : refusant d’être une simple comédie qui reposerait sur la connivence avec le spectateur, Black Sheep veut croire en ses personnages. Et cette joyeuse troupe de pieds nickelés, d’écolos naïfs, de savants fous et d’investisseurs japonais finit par composer une vraie fable sur le monde contemporain et ses travers.
Black Sheep
De Jonathan King
Avec Nathan Meister, Peter Feeney, Tammy Davis
Sortie en salles le 19 mars 2008

Illus. © Colifilms Diffusion