Blow de Ted Demme


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Caïd bon enfant



Embrasser un sujet comme l'arrivée de la cocaïne aux Etats-Unis aurait supposé un minimum de recul et d'enquête sur le sujet, à la manière de Oliver Stone, scénariste de Scarface, qui fournissait une matière en or à Brian De Palma en nourrissant son scénario de détails accumulés au cours d'une enquête minutieuse.
Ted Demme choisit de n'embrasser que le point de vue, forcément partial, de son héros George Jung (Johnny Depp), un trafiquant qui aurait introduit au moins 80% de la cocaïne à la fin des années 70 aux Etats-Unis. Blow a donc au moins le mérite de rappeler que l'explosion de la production et de l'importation de la poudre blanche n'est pas arrivée à la fin des années soixante, en plein flower power de carte postale où le soleil brille, les filles sont faciles et l'argent et la marijuana à portée de main.

Le film débute donc sur une note fantaisiste en Californie, lorgnant du côté de la comédie (la voix off de Johnny Depp n'est pas sans rappeler celle du personnage de Las Vegas Parano de Terry Gilliam, le journaliste et romancier Hunter S. Thomson), insistant sur le côté bon enfant de Jung - une facette dont il ne se départira pas tout au long du film - devenant un caïd sans jamais lever le petit doigt sur qui ce soit. C'est un marché totalement vierge, sans concurrence aucune, qu'il semble avoir découvert, ne faisant de tort à personne puisqu'il est seul sur le coup, agissant avec son cercle d'amis intimes. Notre héros ne serait qu'un simple entrepreneur rêvant de monter sa propre entreprise. En cela, le film reprend la même perversion du rêve américain que dans Easy Rider où deux bikers s'enrichissaient grâce à une dernière transaction fructueuse, terminant leur épopée par la fameuse phrase "We blew it", "On s'est planté."

Sans construire patiemment de crescendo, Blow change de ton abruptement dès le premier emprisonnement de Jung, à cause d'un juge qui se charge de lui inculquer les limites légales du rêve américain. La chronique familiale prend alors le dessus sur la saga mafieuse à la Scorsese (l'accompagnement de chaque scène rythmée par une chanson d'époque et la normalité des familles qui célèbrent Noël dans la banlieue semblent provenir des Affranchis) : sa petite amie disparaît, laissant le terrain libre à une mère tyrannique, matérialiste et soucieuse de son image, qui n'évolue pas d'un iota durant le film. Sa seconde femme, jouée par une Penelope Cruz qui déclenche une belle salve de rires dans son jogging bleu métallisé ou son costume SM, reproduit fidèlement les détestables traits de caractère de la terrible génitrice, à tel point que la même scène d'angoisse se rejoue mot pour mot avec des femmes différentes. La fille (indigne, si l'on en croit la dernière scène) de Jung n'est pas mieux traitée puisqu'elle l'abandonne à son sort en prison. Seul le père (justement interprété par Ray Liotta), détenteur des vraies valeurs, trouve grâce aux yeux du narrateur qui se pose en victime de la gent féminine et cherche à implorer la pitié sans jamais se justifier totalement.

Gérald Duchaussoy

Blow
Réal. : Ted Demme
Avec : Johnny Depp, Penelope Cruz, Franka Potente, Rachel Griffiths, Ray Liotta
Date de sortie : 19 Septembre 2001

Le 19 septembre 2001