Fermer

Boarding Gate

Critique

Lecteurs

Votre note

Erreur de vol

Difficile de suivre Assayas sur ce Boarding Gate, aux confins du film noir et du polar de série B, avec escale sur tous les clichés du genre, mais avec bien peu d’esprit et de flamme. Une pure méditation, froide et désincarnée, sur des mouvements internationaux sans identité, et malheureusement, sans âme.

- Exprimez-vous sur le forum Boarding Gate

Boarding Gate trouve son origine dans le polar des années 40, avec une tendresse sans cesse réaffirmée du cinéaste pour la série B. La femme y est donc fatale, le mal viril et vicieux, le motif du crime est bien évidemment l’argent et la fuite nécessairement périlleuse. Soit donc Sandra (Asia Argento), jeune femme sexy qui retrouve son ancien amant vénéneux et boursicoteur véreux (Michael Madsen). La séduction opère toujours, puisqu’elle éprouve immédiatement le besoin de se caresser devant lui, et sans doute devant tous les collègues du building aux parois plexi. Sandra est donc hot, chatte sur un toit brûlant et glissant, qui la conduit à assassiner cet amant, dans l’idée un peu floue d’ouvrir une boîte de nuit à Pékin, avec son nouvel amant asiatique. Mais bien sur, avant que la balle fatale ne soit tirée, Sandra se livre, comme au bon vieux tant, à une parade SM de bon aloi, les menottes étant avant tout un bijou, n’est-ce pas ? De Londres à Hong Kong, la jeune fugitive tente alors de retrouver son homme, dans une course effrénée semée d’embûches, pas toujours d’une grande clarté.

Le problème avec Boarding Gate, c’est son usage ambigu, sinon mal assumé, du cliché. Alors que Quentin Tarantino et Robert Rodriguez signent deux films en hommage au cinéma de série B, où leurs réinterprétations du schéma « classique » nous donnent un grand film d’auteur pour le premier (Boulevard de la mort), et un décalque jouissif et « testostéroné » pour le second (Planète Terreur), Assayas tente la greffe d’un scénario réduit à une trame embrouillée, où les clichés, nos références de spectateur, se voient adaptés à la sauce d’une modernité esthétisée à outrance. Aucun des vastes espaces filmés n’acquière ainsi une quelconque crédibilité : hangars, bureaux, appartements, tout semble faux, vide, montage rapide d’un catalogue Habitat, que les acteurs ont toute la peine du monde à apprivoiser, pour ne pas dire à habiter. Eric Gautier, le formidable chef opérateur, a beau faire quelques images fantastiques de Hong Kong, elles ne donnent que peu de poids à une course poursuite manquant cruellement d’enjeu.

A vouloir situer cette histoire crapuleuse dans le domaine du business international, et des transports quasi instantanés de produits et de personnes dans le monde entier, à l’image de son casting, Assayas tend ici vers une forme d’abstraction, légitime, mais qui se traduit essentiellement par une stérilité totale du récit, que les formes déployées ne peuvent jamais remplacer. Boarding Gate est un film qui n’a rien à dire, mais qui s’exprime dans un langage riche et limite snob. Pourquoi ne rien dire dans un 8 m2, si on peut le faire à Hong Kong, avec les acteurs les plus en vue du moment (et un caméo de Kim Gordon, pour la caution rock) ?

Ce n’est pas pour rien qu’Asia Argento est le pivot central du film, son personnage présent à tous les plans. Actrice volontiers sulfureuse, elle dépasse de toute sa personnalité « publique » ce personnage faiblard sur le papier. Ce n’est que par elle, son regard sombre, sa voix rauque, son impudeur manipulatrice et maladive à la fois, ce n’est que par Asia que se tiennent Sandra et Boarding Gate. Elle en est le moteur, poussé à bout et asséché, révélant les limites de son petit jeu médiatico-cinématographique, dans un effet de miroir saisissant. Tout comme ces décors qui semblent faux, cette Asia-fatale là joue avec sa propre limite, et l’on se dit qu’elle doit bien en avoir marre d’interpréter sans cesse cette même lolita dark et sexuelle, brûlant toutes ses cartouches dans un feu dyonisiaque qui doit se révéler au fond assez triste. Lassitude d’Asia ?

Elle a bien toujours une immense cote de kissability (titre d’une chanson de Sonic Youth, interprétée par la copine et actrice Kim Gordon sur Daydream Nation), elle fait bander, elle fait rêver, elle est une Star. Mais déjà la faille apparaît, et quelque chose de bien plus troublant et passionnant pourrait voir le jour. On l’attend chez Breillat, on l’attend surtout là où on ne l’espère pas. En attendant, on lui souhaite surtout de reprendre des forces.

Boarding Gate
De Olivier Assayas
Avec Asia Argento, Michael Madsen
Sortie en salles le 22 août 2007

© ARP Sélection

Laurence Reymond