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Boulevard de la mort : Grindhouse - 1ère séance

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Crash sexe

Le dernier Tarantino est réussi puisqu’il est raté. Hommage au cinéma des drive-in, des séries Z ou des séances de minuit, Boulevard de la mort est une œuvre mal léchée. Elle multiplie les faux raccords en toute conscience, abrège abruptement des séquences et assume, avec une délectation non feinte, son côté trash et destroy.

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Son montage haché, saccadé, rythme à la perfection ce Boulevard de la mort dont la trame tient sur un ticket de métro. Un sérial-killer, ex-cascadeur, soi-disant doublure de série TV, se promène dans une « voiture plus forte que la mort » et persécute de jeunes idiotes, pardon, de jeunes filles. On a déjà vu plus fin, mais l’avantage avec les hommages, c’est qu’on peut faire passer le pire des potages pour un cru hors d’âge. Le public américain, lui, n’a pas adhéré au « double programme » (1 séance = 2 films) proposé. Le second volet a donc disparu de la version française. Ne reste que la partie de Quentin Tarantino, gonflée d’une vingtaine de minutes.

Dans celle-ci, le méchant poursuit des jeunes filles pour le plaisir de jouer avec son levier de vitesse, de percuter, plusieurs fois si nécessaire, les donzelles et de les tuer à l’aide de son gros et puissant engin. Mais ce gros beauf rencontre plus de résistances avec trois jeunes proies bien extraverties. Elles font, par exemple, des rodéos avec des voitures empruntées en laissant leur copine, pas très futée, avec le propriétaire… qui espère une gâterie en échange. Vu l’état dans lequel fini le bolide, le pauvre homme méritait plus.

Pas le temps de dire ouf. Les moteurs vrombissent, la bêtise démarre au quart de tour et le babillage féminin tient la route à une cadence infernale. Une parole ininterrompue et une mise en scène virtuose ne laissent aucun répit. Ça permet de ne pas réfléchir et c’est tant mieux. La dimension sexuelle y est une composante assumée, présente du début à la fin. Pourtant, en aucun cas il ne s’agit de montrer quoi que ce soit de directement érotique. Du petit short serré à la poitrine arrogante en passant par des conversations au ras des pâquerettes (type film érotique), tout pourrait évoquer le sexe, mais rien n’est vraiment excitant. Si la libido est titillée, c’est plus au niveau du rapport entre puissance et domination.

Car dans ce monde de beauf, la perversité n’a rien de honteux et se décline avant tout sous l’angle d’une domination sado-maso qui finit par bouleverser les rapports habituels. Et c’est précisément du renversement final que jaillira la montée du plaisir…et les cris, féminins, d’une audience bien disposée qui aura jouée le jeu.

Depuis Kill Bill, Quentin Tarantino célèbre donc des genres, dits mineurs, qui lui sont chers. Il s’amuse bien avec ces sous-produits, mais on peut regretter le temps (Reservoir Dogs, Pulp Fiction) où, via des sujets originaux, des contraintes de forme, moins balisées, lui permettaient de créer un ton neuf. Aujourd’hui, à naviguer, certes avec talent, entre hommage et plagiat revendiqué, il paraît manquer d’ambition.

A l’instar des personnages dont les pieds se posent, à la cool, sur le tableau de bord, il est conseillé de voir Boulevard de la mort les doigts de pied en éventail, avec une bière, du pop-corn et des amis prêts à roter en cœur avec vous. S’il n’est pas dit que le succès soit au rendez-vous, un destin à la The Rocky Horror Picture Show lui semble, au minimum, promis.

Grindhouse 1 : Boulevard de la mort
De Quentin Tarantino
Avec Kurt Russell, Rose McGowan, Zoe Bell
Sortie en salles le 6 juin 2007

Illus. © TFM Distribution

Sur le web :
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Marc Petit