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Et après ? Que faire de cette gloire ? En ouverture du film, face caméra, Bronson (Tom Hardy) explique son problème existentiel : persuadé depuis toujours qu'il a une vocation, il ne parvient cependant pas à la trouver. C'est un génie auto-incompris, un artiste in progress. Fragmenté en saynètes, ce biopic de Nicolas Winding Refn s'articule tout entier autour de la parole rétrospective du Bronson nouveau, celui qui a trouvé sa voix d'artiste. Grimé en clown, le musculeux chauve gesticule et ricane derrière sa moustache, devant une salle de spectacle pleine et statique.
Les flash backs parcellaires nous renseignent peu sur le passé de Bronson. Son enfance a été sans histoire, ses parents ne l'ont pas battu. En revanche lui a commencé à éprouver le besoin de frapper les autres. On suit ce parcours sanglant, des bancs de l'école à l'asile, en passant par ses prises d'otage en détention et ses combats de rue à l'air libre. Le réalisateur n'encombre pas son portrait de psychologie ou même de sentiments, préférant napper le mutisme sec du bonhomme d'une BO bigarrée, mélangeant cold wave et opera, New Order et Wagner, Verdi et Glass Candy. Ces bouffées d'adrénaline injectent, comme dans Orange Mécanique de Kubrick, une dose d'euphorie froide dans ce chaos mental. Comme on se cogne la tête contre les mûrs devant une équation impossible, Bronson se met nu et frappe les gardiens, poussant à son paroxysme sa logique d'auto-destruction.
De cette quête nihiliste, Bronson ne retire semble-t-il rien, à part des cicatrices. « Que veux-tu donc ? » lui demande le chef de prison, lors d'une prise d'otage orchestrée par le taulard. « Qu'est-ce que vous proposez ? », répond Bronson, en se grattant le menton. Non-sens comique, et tragique : son désir existe, mais manque de l'aiguillage décisif pour s'actualiser. Jusqu'au jour où, miracle, on lui met un pinceau dans une main, une feuille dans l'autre, et hop, le génie surgit à la face du monde. On peut rester circonspect devant cette péripétie à l'allure de twist, comme devant le reste du film, d'ailleurs, curieux assemblage de séquences chocs et décousues. Mais le biopic, distancié et frustrant, demeure finalement très fidèle à la psyché torturée et changeante de son personnage, monument d'hermétisme, artiste farouche incapable de communiquer autrement que par l'agression.
Bronson
De Nicolas Winding Refn
Avec Tom Hardy, Matt King, James Lance
Sortie en salles le 15 juillet 2009
Illus © Le Pacte
Eric Vernay
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