Bug de William Friedkin


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Lorsqu'une jeune femme isolée croise la route d'un illuminé, d'où vient la folie et comment se propage-t-elle ? Question mal-être, malaise et contagion, William Friedkin (L'Exorciste, Traqué...) est un cinéaste qui n'a plus à faire ses preuves. Avec Bug, il se lance dans ce qui pourrait n'être qu'un exercice de style et le transforme en fable violente et paranoïaque. La grande forme.
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Le cinéma de William Friedkin explore les extrêmes. Ses films pourraient être divisés entre ceux qui cartographient le « outdoor », grandes fresques urbaines (French Connection, Police Federal Los Angeles...) ou explorations d'une nature hostile (Le Convoi de la Peur, son chef d'œuvre, et le récent Traqué). La violence s'y incarne dans des situations hors normes où les décors deviennent un reflet angoissant de l'âme humaine. Il y a aussi le William Friedkin « indoor », celui de L'Exorciste et de ce Bug, nouveau huis clos où la terreur s'immisce une fois de plus par le corps même de ses protagonistes. Ici, ce n'est plus une petite fille, mais une jeune femme alcoolique et solitaire vivant dans une sorte d'hôtel miteux en bordure de Highway, et menacée par le retour d'un ancien amant plutôt violent, qui voit sa vie transformée par l'arrivée d'un homme mystérieux. Il lui apprend bientôt s'être échappé de l'armée, où il subissait des tests scientifiques. Il croit son corps infesté de petites bêtes, des « bugs », qui vont progressivement infester tout l'appartement. D'abord sceptique, elle va entrer dans ce jeu où la folie et la violence transforment le rapport au réel.

Adapté d'une pièce très populaire à Broadway, le film assume pleinement sa théâtralité, tout en créant sa forme cinématographique, brutale et tranchante. Comme toujours, le cinéaste s'appuie sur des acteurs en état de grâce : Ashley Judd et surtout Michael Shannon, géant terrifiant, qui avait crée le rôle au théâtre - tous les deux parfaits dans un registre qui peut facilement virer à l'insupportable. D'un quotidien terne et misérable jusqu'au déploiement baroque de la folie paranoïaque, Friedkin dessine avant tout un portrait de la terreur, comme un peintre s'attache à son modèle. Dès ces plans d'ouverture, pris d'un hélicoptère, qui isolent la petite maison dans le vaste désert américain, brusquement perturbés par une sonnerie de téléphone, le cinéaste déplace les frontières du très loin/très proche, intérieur/extérieur, et nous donne à subir, déjà, cette inquiétante étrangeté où va baigner tout le film. Le crescendo de la violence ne vient que prolonger ce parti pris de perturber systématiquement toute situation (espaces, scènes, plans) en introduisant de l'étranger.

Qui est ce jeune homme qui débarque de nulle part ? Pourquoi cette phobie des «bugs» ? Lorsqu'elle choisit délibérément de croire à cet inconnu, la jeune femme plonge avec lui dans un univers qui va bientôt redéfinir les contours du «réel» : l'appartement est recouvert par du papier aluminium, tout élément étranger en est rejeté. L'essentiel pour le couple se situant définitivement à l'intérieur. Au fond, il s'agit de montrer ici la croyance plutôt que l'amour. Et le cinéaste nous démontre une fois de plus l'impuissance du monde extérieur face à une telle communion d'esprits, enfonçant le clou avec une énergie exceptionnelle. In Friedkin we trust !

Bug
Réalisé par William Friedkin
Avec Ashley Judd, Michael Shannon, Lynn Collins
Sorties en salles le 21 février 2007

Laurence Reymond Le 20 février 2007
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