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Casino Royale nous raconte le comment et le pourquoi du James Bond que nous connaissons. De ses premiers pas au MI-6 en tant que « 00 » à l'acquisition des signes qui feront son succès auprès de fans, tout y passe. Choix a priori absurde pour une série dont le principe même est de faire du neuf avec du vieux. Par définition, il n'y avait pas besoin d'en passer par l'artifice du retour aux sources pour redonner force et vigueur au plus célèbre des agents secrets. Pour autant, ce choix s'avère payant et finalement peut-être nécessaire. Grâce aux apparences de la renaissance, la série peut effectuer un virage de 180°, qui aurait été sans doute mal accepté s'il s'était fait sans autre raison que le changement d'interprète. Daniel Craig est en effet un comédien sans grand charisme et au physique éloigné des précédentes incarnations de Bond. Mais la malice des producteurs est justement d'avoir su jouer avec cette image pour in fine accorder ses galons au double zéro, et donc à l'acteur.
Les évolutions qui marquent ce 21ème opus officiel justifient l'âpreté et la brutalité du personnage. Le James Bond nouveau est cette fois plongé dans un cadre fort contemporain, même si paradoxalement le film s'inspire du premier roman de Ian Fleming, écrit en 1953. Pas de savant fou mégalo, de dictateur en puissance ni de menace nucléaire mondiale que le héros parviendrait à déjouer avec sa montre-couteau-suisse. Nous sommes d'emblée dans un univers violent où les espions noient leurs contacts dans les toilettes publiques, où les guérillas se font avec des enfants soldats et où l'argent règne en maître.

Casino Royale, c'est un peu « comment l'esprit vint à James ». Comparé d'emblée à un bulldozer, Bond version Craig ne doit rien à personne, ni à ses prédécesseurs dans le rôle ni à sa hiérarchie. Quoiqu'intelligent, il fonce, frappe, parle peu. Puis, progressivement les circonstances vont l'amener à faire preuve de réflexivité et de retenue. Evolution rendue dans l'action elle-même, où l'on voit le personnage à la fois courir mais aussi étudier le terrain qui s'offre à lui. James devient spirituel et ça se voit. Mais comme tout James Bond qui se respecte, le film joue également avec les codes du personnage et les objets qui lui sont attribués. Le smoking, le walter PPK, l'Aston Martin, le Vodka Martini... les oripeaux sont ainsi déclinés, justifiés, explicités, sans s'alourdir de gadgets trop datés, et confèrent au personnage son statut. Il est d'ailleurs notable que si les habituels placements de produits (ici une marque de voiture américaine, là une montre de luxe...) restent de la partie, ils participent cette fois de cette élaboration. Ainsi, Bond, passant de la brute épaisse à une certaine classe, délaisse la vulgaire Ford pour l'Aston Martin dernier cri. Jeu de codes qui amusera les aficionados mais permet surtout à la licence James Bond de rester ce qu'elle est, à la fois très matérialiste et lieu de fantasmes et de délires machistes.
On pouvait craindre qu'après la profusion de numérique dans Meurs un autre jour, la série s'embourbe dans l'énorme et l'impossible. En choisissant la voie contraire, celle d'un certain réalisme, les producteurs en retrouvent l'essence, celle d'un romantisme tordu où la mort côtoie en permanence les émotions et le sexe (genre "Voir Venise et mourir"). Pour autant, le personnage risque d'y perdre sa singularité. Proche du Jason Bourne de La Mort dans la peau ou du Jack Bauer du feuilleton 24, cet agent secret-là gagne en poids physique ce qu'il perd en cynisme et humour à froid. Ainsi, même si Daniel Craig porte fort bien le costume trois pièces et sait conduire un coupé sport, on peut se demander si le James Bond d'antan n'est pas définitivement mort. Oui, peut-être, mais c'est pour mieux survivre.
Casino Royale
Réalisé par Martin Campbell
Avec Daniel Craig, Eva Green, Mads Mikkelsen
Etats-Unis, Grande-Bretagne, 2006 - 138 mn
Sortie en France : 22 novembre 2006
Bande Annonce (anglais):
Sur le Web : - le site officiel - Dossier Casino Royale sur Ados.fr
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