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Cause toujours !

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Le silence des idiots

Une "fantaisie", nous annonce Jeanne Labrune sur l'affiche de son film: peut-être... Une comédie laborieuse, aux acteurs pourtant irréprochables, qui trouve sa justification in extremis, c'est-à-dire bien trop tard pour nous intéresser: plus certainement.

Prenez quelques bourgeois parisiens, pour la plupart journalistes ou universitaires, et laissez-les s'amuser à leur occupation favorite : la palabre. De discussions sur les bienfaits de la campagne en ratiocinations sur l'élimination des moucherons, en passant par les commérages de quartier, chacun y va de son mot et de sa théorie. Cela donne une salade bien fade qui cherche à se donner un peu de saveur par un humour appuyé et laborieux. Jamais cette comédie ne trouve le rythme ou la note juste qui lui insufflerait un peu de folie. On rit, bien sûr, mais presque par amabilité, comme au supposé bon mot du maître de maison, afin de ne pas indisposer par un silence trop lourd, gênant pour tous, et surtout pour que le temps passe plus vite.

Les dialogues ne manquent pourtant pas d'esprit. Ils sont suffisamment appuyés dans leur intellectualisme pour rendre évidente la satire. On est ainsi du côté de la distanciation. Les apartés entre deux portes soulignent la théâtralité de l'écriture et les conventions inhérentes à ce type de récit, basé sur le mensonge et le quiproquo. Malheureusement Jeanne Labrune filme ce petit microcosme avec une complaisance qui ne peut que nuire au sujet. Elle reste collée à des personnages qu'elle semble bien connaître et dont seul pointe le ridicule. Ces êtres de parole et de peu de chair, quelques acteurs de talent tentent de leur donner un peu d'épaisseur, d'existence. Mais chacun discourt dans son coin sans paraître réellement communiquer avec l'autre. Effet voulu pour rendre la vanité du verbe ? Ou incapacité à conférer une impression de vie à une mécanique artificielle, trop théorique ?

Néanmoins, dans les dernières minutes, survient un miracle. Cette fable moderne pivote autour d'un mystérieux muet qui a éveillé la curiosité - et peut-être plus - chez une correctrice jouée par Sylvie Testud (toujours aussi radieuse). Chacun cherche à savoir qui il est et élabore des hypothèses nourries de ses propres fantasmes. La suspicion va bon train, la confiance est mise à mal. On assiste à un sorte d'exposé qui se voudrait espiègle sur la paradoxale puissance de la parole, fragile, creuse et pourtant cause de nombreux méfaits. Jeanne Labrune l'oppose à un silence qui revêt de multiples formes : mots tus parce qu'inutiles, murmures étouffés de la campagne et de la forêt, voix intérieures et surtout silence de la musique. C'est grâce à celui-ci qu'advient le miracle. Tout se termine dans une salle de concert emplie de notes classiques, reposantes. On a alors l'impression d'avoir été joué par un tour de passe-passe de 90 minutes dont la longue, bavarde et ennuyeuse progression n'avait qu'un seul objectif : nous faire sentir la suprématie de la musique et du silence sur la parole. En ce sens, après avoir subi tant de vains dialogues et soliloques, on peut dire que le film atteint son but, mais à quel prix.

Cause toujours !
Réal.: Jeanne Labrune
Avec : Sylvie Testud, Victoria Abril, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bezace, Claude Perron, Richard Debuisne.
France, 2004, 1h27.
Sortie nationale le 28 Juillet 2004

[illustrations : © ARP Sélection]

Sur le web :
- Consulter les salles et séances du film sur Alliconé.fr - le site officiel de Arp sélection
Manuel Merlet