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Ce qu'ils imaginent

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La disparue

Sortie en salles, au lendemain de l'ouverture du procès de Bertrand Cantat à Vilnius, d'un film avec Marie Trintignant. Ce qu'ils imaginent aura sans doute du mal à trouver sa place indépendamment de cette triste coïncidence…

Elle est de presque tous les plans. Silhouette gracile et voix suavement grave, dans son petit manteau rouge. Elle s'appelle Juliette, mais évidemment on voit Marie Trintignant. Elle arrive au Havre, erre sur les quais, trouve un hôtel pour dépanner avant de prendre le bateau pour le Sénégal, et rencontre le jeune Santiago dont elle tombe amoureuse. Arrivée de nulle part pour les habitants dont elle croise le chemin, elle repartira de la même manière, sans prévenir ni dire au revoir. On apprend des bribes de sa vie d'avant. Par un flash-back loufoque, Anne Théron donne à voir la scène cruciale, le point de rupture : le mari de Juliette s'étouffe avec un œuf dur. Elle l'abandonne et prend la route en le laissant pour mort.

Ce qu'ils imaginent est un film étrange : le scénario tient l'équilibre entre le goût pour l'absurde et une certaine naïveté, et la réalisation en est à la fois poétique et empesée. On s'embarque sans grande conviction dans cette histoire, un peu bateau, de port et d'amour impossible. Anne Théron est fascinée par cette ville du Havre, hantée par les vies qui s'y échouent ou qui y prennent leur élan. D'assez beaux plans montrent Juliette qui marche et se détache sur le fond bleu des entrepôts ; de même, c'est ce décor portuaire qui abrite les ébats de Juliette et Santiago, qui ont besoin pour croire à leur histoire de la réalité de l'industrie du départ. Le port est le lieu d'un désir ambivalent, et Juliette, qui a tout lâché, se retrouve prise au piège de ses nouvelles amarres : Santiago, comme elle, rêve de partir sans le pouvoir.

Cette rêverie à moitié réussie sur le départ, la disparition et l'absence - aux autres et à soi-même- trouve parfois sa forme. La bande sonore est désynchronisée : les conversations sont répétées ou déformées par le souvenir, les voix prennent du retard ou de l'avance sur les lèvres des personnages. Du coup, ce premier film assez laconique trouve un ton décalé qui sied à la fragilité éthérée de Juliette, incarnée par Marie Trintignant (déjà dans Elle grandit si vite, précédent court-métrage (26 mn) de la réalisatrice). Le deuil est impossible pour son mari, « disparu de l'œuf dur » qui réapparaît à la moitié du film pour chercher sa femme. Il suit les pas perdus de Juliette, et comprend qu'elle n'en finit pas de quitter les gens. Comme Marie Trintignant n'en finit pas de revenir sur les écrans. Ce qu'ils imaginent offre en tous cas un assez troublant portrait de la défunte en « disparue », en attendant son ultime avatar dans la Colette de Nadine Trintignant.

Ce qu'ils imaginent
Réal. et scén. : Anne Théron
Avec : Marie Trintignant, Aurélien Wiik, Anne Cantineau, Julie Gayet, Aurore Clément…
Sortie nationale le 17 mars 2004

[Illustrations : DR Pickpocket Productions]

Sur le web :
- Consulter les salles et séances du film sur Allociné.fr
Agathe Moroval