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Toujours friand de défis formels, Soderbergh double l'ascension du guerillero argentin de séquences plus tardives, lors de la visite du Che à New York en 1964, devant l'Assemblée de l'ONU. Filmées dans un noir et blanc charbonneux, ces images très « arty » montrent un Che crachant devant le monde entier toute sa haine de l'impérialisme US, et sont censées mettre en perspective la pensée révolutionnaire du personnage, qu'on suit parallèlement dans sa lente et sanglante progression à travers la verte forêt tropicale. Curieusement, les « flashbacks » (ou du moins les images les plus anciennes) sont donc en couleur, et l'action la plus récente en noir et blanc. Un procédé artificiel, déréalisant, sans doute utilisé pour imiter un montage fait d'archives, mais qui rappelle un peu trop les tics auteuristes de Traffic, et son triple code couleur correspondant aux trois récits entremêlés.
En hachant ainsi sa narration, Soderbergh renonce du même coup à toute emphase - et donc à toute tentation hagiographique - ce qui ne nous étonne pas venant d'un cinéaste si cérébral. Zéro souffle épique dans ce calme « Argentin », pas de stress ni de sentiments exprimés trop fort, tout juste un peu de sueur et de sang : on suit cette succession de scènes plus ou moins héroïques comme on écouterait un brillant cours magistral dans un amphi parfaitement climatisé. En ce sens, le film de Soderbergh évoque une autre semi-réussite, celle de Good Night, And Good Luck. de George Clooney, qui était lui aussi un film d'époque honnête et maîtrisé, mais au final bien plus passionnant par son sujet que par sa forme cinématographique, trop élégante et distanciée pour qu'on y adhère totalement. Guindé, le film de Clooney était pourtant un bon film d'acteur, Che 1ère Partie aussi, inondé par la classe tranquille de l'excellent Benicio Del Toro, plus sobre, drôle et flegmatique que jamais.
Che 1ère Partie : l'Argentin
De Steven Soderbergh
Avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera
Sortie en salles le 7 janvier 2009

Illus. © Warner Bros. France
Eric Vernay
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