Che - 1ère partie : L'Argentin de Steven Soderbergh


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La classe tranquille



Première partie du biopic sur Che Guevara, L'Argentin évoque la lente conquête de Cuba par le célèbre guerillero au béret étoilé. Soucieux du détail et pétri d'intentions auteuristes, Steven Soderbergh articule, comme souvent, un film à la fois intelligent et plaisant, mais sans le souffle que son sujet méritait. Del Toro, lui, vaut le détour.
Comme la vie de Mesrine, celle du Che est semble-t-il trop riche pour tenir en un simple film : lui aussi a désormais son fringant diptyque. Même si, au départ, Che, 1ère partie - L'argentin ne devait pas exister. Steven Soderbergh et son équipe pensaient alors concentrer le tir sur ce qui est devenu Che - Guerilla, c'est-à-dire l'épisode bolivien, avec en point d'orgue la chute brutale du révolutionnaire. Mais Soderbergh, conscient de l'écrasant sujet qui lui incombait (filmer la vie d'une icône aussi populaire que Jésus et Bob Marley réunis, floquée sur la moitié des t-shirts de la planète) s'est finalement résigné à revenir sur le pourquoi du comment Guevara s'est barré en Bolivie.

Bref, cette première partie fait un peu figure d'introduction - rôle assez ingrat car souvent explicatif, parfois laborieux. Comment est née la légende ? Heureusement, Soderbergh nous épargne la jeunesse du chef, et le pittoresque périple latino à moto, boulot déjà assuré par Walter Salles dans ses Carnets de voyage. Tout commence à Mexico, quand Raul Castro présente Guevara à son frangin Fidel, lors d'un repas qui va changer l'histoire de Cuba. Etonnamment simple et discrète, cette drôle de rencontre aux allures de déjeuner dominical va quand même déboucher sur le début de la guérilla, confiée par Castro au « Che ». Le pouvoir détenu par le dictateur pro-américain Batista n'en a plus pour longtemps.

Toujours friand de défis formels, Soderbergh double l'ascension du guerillero argentin de séquences plus tardives, lors de la visite du Che à New York en 1964, devant l'Assemblée de l'ONU. Filmées dans un noir et blanc charbonneux, ces images très « arty » montrent un Che crachant devant le monde entier toute sa haine de l'impérialisme US, et sont censées mettre en perspective la pensée révolutionnaire du personnage, qu'on suit parallèlement dans sa lente et sanglante progression à travers la verte forêt tropicale. Curieusement, les « flashbacks » (ou du moins les images les plus anciennes) sont donc en couleur, et l'action la plus récente en noir et blanc. Un procédé artificiel, déréalisant, sans doute utilisé pour imiter un montage fait d'archives, mais qui rappelle un peu trop les tics auteuristes de Traffic, et son triple code couleur correspondant aux trois récits entremêlés.

En hachant ainsi sa narration, Soderbergh renonce du même coup à toute emphase - et donc à toute tentation hagiographique - ce qui ne nous étonne pas venant d'un cinéaste si cérébral. Zéro souffle épique dans ce calme « Argentin », pas de stress ni de sentiments exprimés trop fort, tout juste un peu de sueur et de sang : on suit cette succession de scènes plus ou moins héroïques comme on écouterait un brillant cours magistral dans un amphi parfaitement climatisé. En ce sens, le film de Soderbergh évoque une autre semi-réussite, celle de Good Night, And Good Luck. de George Clooney, qui était lui aussi un film d'époque honnête et maîtrisé, mais au final bien plus passionnant par son sujet que par sa forme cinématographique, trop élégante et distanciée pour qu'on y adhère totalement. Guindé, le film de Clooney était pourtant un bon film d'acteur, Che 1ère Partie aussi, inondé par la classe tranquille de l'excellent Benicio Del Toro, plus sobre, drôle et flegmatique que jamais.

Che 1ère Partie : l'Argentin
De Steven Soderbergh
Avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera
Sortie en salles le 7 janvier 2009

Illus. © Warner Bros. France

 

Eric Vernay

Le 06 January 2009
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