Helma Sanders-Brahms portait le projet depuis douze ans : réaliser le portrait de Clara Schumann, pianiste de génie, compositrice douée, tiraillée entre ses velléités d'artiste, son rôle de mère, et une relation triangulaire avec
Robert, son époux, génie du romantisme mort à moitié fou d'une maladie au cerveau, et Johannes Brahms, l'amant transi avec qui elle finira ses jours. Projet ambitieux donc, qui a eu du mal à se monter, et dont il ne reste hélas qu'un brouillon indigeste et soporifique. Avec l'allure d'une mauvaise fiction Arte, peu avantagée par une esthétique insipide et un doublage très artificiel,
Clara est engoncé dans les canons mortifères des productions franco-allemandes d'habitude réservées à la télévision (où il finira). Académique, froid, terne, figé, il tient du salon d'antiquités ou du concerto pour public bourgeois. Tous ses stratagèmes sont voués à l'échec : la figure pré-féministe de Clara est à peine ébauchée, son remake symphonique de
Jules et Jim avec Schumann et Brahms trop mal orchestré par une mise en scène sans idées. Le ton est morne, le récit barbant, la passion romantique prétendument fiévreuse aussi glacée que les eaux du Rhin en hiver. La faute aussi à un scénario lourdement significatif et un casting ayant confondu le plateau avec les planches.
Pascal Greggory en Schumman joue la folie en marchant sur les traces de
Klaus Kinski dans ses grands nanars. Malik Zidi en Brahms tente entre deux acrobaties de donner un souffle juvénile à son personnage, pas déplaisant mais limité. Quant à Martina Gedeck, en Clara mal doublée, sa rigueur germanique fait le boulot en élevant rarement le niveau d'émotion.
Clara devait être une œuvre vibrante, torturée, passionnée, musicale, on en sort parfaitement indifférent et sourd.
Clara
De Helma Sanders-Brahms
Avec : Martina Gedeck, Malik Zidi, Pascal Greggory
Sortie en salles le 13 mai 2009
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Illus © Bodega Films
Jérôme Dittmar
Le 12 May 2009