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Avec une histoire telle que celle de Ian Curtis, chanteur d’un groupe séminal de l’histoire du rock, suicidé à 23 ans, tous les éléments sont réunis d’une mythologie rock qui semble vouée à se reproduire à travers les décennies. En 1980, Joy Division est un groupe qui commence à être reconnu, pour la noirceur et les rythmes froids et angoissés qu’ils amènent à la musique. Comme le Velvet Underground avant eux, de nombreux groupes seront influencés par leur musique et formeront des groupes. Un peu comme Nirvana, ce chanteur charismatique et jeune papa tourmenté ne survivra pas à ce mélange de drames intimes et de popularité. Sex, drugs & rock’n’roll ? Oui, mais pas seulement. Anton Corbijn, photographe fan et ami du groupe en son temps, a soigneusement évacué tous les clichés rock attendus, pour se concentrer sur l’ambivalence de ce personnage hors norme : Ian Curtis, petit gars de Manchester.

Un souci qui inclut une certaine fidélité à ces images qui ont marqué l’identité du groupe : ces portraits de Curtis l’air absent, ou bien sur ses fameuses crises d’épilepsie en plein concert. Par moment, on serait presque gêné par la ressemblance physique de Sam Riley avec Curtis. Le choix du noir et blanc s’imposait ainsi de lui-même : non pas parce qu’il correspond au travail photographique de Corbijn, mais surtout parce que toutes les images connues du groupe sont en Noir et Blanc, que leur identité visuelle et graphique en découle. Et aussi peut-être parce que Ian Curtis semble être une créature née du clair-obscur, faite de beaucoup d’ombre, et d’une toute petite flamme de lumière vacillante. Curtis est un personnage emblématique, une âme torturée et une naïveté d’enfant. Facile avec ça de se faire un héros romantique rock de plus. Corbijn s’y refuse, en faisant de son personnage un homme avant tout, perdu entre deux histoires d’amour et une grande faiblesse. Si l’aspect mélodramatique pur semble un peu mielleux et moins maîtrisé par le réalisateur que l’aspect directement lié à la musique (le scénario étant adapté de la biographie écrite par la femme de Curtis), il a au moins le mérite de déniaiser un peu le mythe et de nous éviter un énième artiste maudit.
Mais là où ce Control nous convainc pleinement, c’est dans sa façon de placer la musique au cœur du film, telle une force qui précède, porte et survit à son créateur. Ian Curtis pensait sans doute pouvoir se sauver de tous ses maux avec ses chansons violemment tristes. « Where will it end ? » hurlait-il dans Day of the Lords. Nous n’en connaîtrons jamais la fin. Heureusement.
Control
De Anton Corbijn
Avec Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lara
Sortie en salles le 26 septembre

Illus. © La Fabrique de Films
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