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Personnage taciturne mais alerte, Coraline Jones n'aime pas sa nouvelle maison, grand manoir de type victorien-flippant, gris et isolé. Pestant sous ses cheveux bleus, la drôle de fillette, aussi futée que dégingandée, en veut à ses parents de les avoir enterrés dans ce trou paumé, loin de ses amis. En quête d'échappatoire, elle trouve par hasard une petite porte condamnée, derrière un meuble. Sa curiosité l'emporte : de l'autre côté du mur, Coraline découvre un monde parallèle, peut-être rêvé, presque identique au sien. La même maison, mais plus vivante et colorée. Le même chat noir, mais doué de parole. Les mêmes parents, mais en mieux : plus beaux (malgré leurs étranges boutons cousus sur les yeux), plus gentils, plus rigolos. Coraline s'attache à cette famille idéale. Mais, tel une plante carnivore, l'illusion de l'Autre monde cache une réalité monstrueuse.
Le film de Selick est noir, plus oppressant que prévu - témoin son superbe générique à la Frankenstein. Une certitude : son univers n'est pas pour les touts petits. Car côté « réalité » comme côté « monde parallèle », il n'a rien de joyeux. La réalité est sale comme la Volkswagen des parents de Coraline, effrayante comme les vieilles voisines qui empaillent leurs scottish-terriers, et déprimante comme les cernes sous les yeux de son père. Par contraste, le monde parallèle que découvre Coraline paraît d'abord merveilleux, frais, sucré. Mais le malaise s'installe, devant la fausseté du ton mielleux de ces parents N°2. Le style expressionniste de Selick, en grande partie lesté du décorum Burtonien de Mr Jack, trouve à s'exprimer pleinement dans cet entre-deux monde (rêve/réalité), nous guidant avec les yeux d'une Alice en plein cauchemar gothique.
Et quelle imagination ! Forcément inspirée par Lewis Caroll, la descente aux enfers de Coraline prend aussi parfois des tournures étonnamment lynchiennes, comme dans ce théâtre rouge sang cerné par les cabots, électrisé par le spectacle hystérique de deux harpies au corps flasques, extravagantes cantatrices déguisées en sirènes. Il y a du David Lynch, aussi, dans cet opaque jeu de double, où le rêve se substitue à la réalité dans un souffle, et engloutit le spectateur dans un tourbillon narratif à la fois labyrinthique et vertigineux. La peur affleure dans ces décors hybrides en 3D de facture « artisanale », soulagée par de nombreuses apparitions grotesques (le chat, Mr Bobinsky, Wible Lovat), inventives et souvent drôles. La morale du conte - parce qu'il en faut bien une - se révèle sans lourdeur, ni second degré facile à la Shrek. Le désenchantement de Coraline est enchanteur : rarement on aura ciselé, sous des attraits enfantins, un si poétique cauchemar.
Coraline
De Henry Selick
Avec les voix de Dakota Fanning, Teri Hatcher, Jennifer Saunders
Sortie en salles le 10 juin 2009
Illus © Universal Pictures International France
Eric Vernay
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