Cyprien de David Charhon


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40 ans, toujours débile



Quand Elie Semoun se la joue Jerry Lewis au pays des geeks c'est un désastre, un festival de clichés d'une bêtise limite gênante. Faut dire aussi qu'on n'attendait pas grand chose de Cyprien - n'est pas Judd Apatow qui veut.
Dur, le constat est désarmant. Avec Cyprien, Elie Semoun vient d'ajouter une pierre supplémentaire à ce naufrage permanent dans lequel erre la comédie française. Inspiré de la mignardise télévisuelle qui avait entre autres participé à la révélation du comédien, le film se veut un croisement entre 40 ans, toujours puceau et Docteur Jerry et Mister Love. Des deux références il reste un canevas, la volonté de visiter un univers et sa peuplade (les geeks), un personnage qui se dédouble pour prendre conscience de sa vraie personnalité, et surtout des lambeaux, autant dire quedal. Cyprien est un échec, sur toute la ligne. Semoun prétend avoir tout pigé à ses personnages, post ados aux physiques ingrats noyés dans leur pop culture, il enfonce les clichés les uns après les autres. C'est navrant, parfois gênant, et toute la bonne volonté du monde, cette quête d'humanité et d'authenticité axée autour du sempiternel hommage à la différence, n'y peut rien. Semoun et sa bande renversant tout ce qu'ils sont supposés transcender. Le problème est simple : tout le concept de Cyprien repose sur le remplacement d'une caricature par une autre. Preuve, accablante, que ce monde de geek auquel il souhaite rendre sa superbe, reste collé à un point de vue digne d'un reportage hautement sociologique filmé par le journal de 13h sur TFI - tant qu'à rester dans le cliché.

Cyprien est incapable de se mesurer au film emblématique d'Apatow. Il veut lui aussi de la comédie romantique, créer un personnage émouvant et fier de ce qu'il est pour remporter au final le cœur d'une princesse, mais il explose dès son démarrage. Tout est grossier sinon grotesque : la satire de la presse féminine et du culte de la beauté est d'une bêtise hallucinante ; la peinture du monde des geeks n'est pas mieux : enfermée sous la coupole d'un décorum désigné par un accessoiriste faussement renseigné, quand la description de leur univers et comportements semble inspiré de la lecture pressée d'une fiche wikipedia. Le manque absolu de crédibilité (crédibilité dont tirent entre autres leur vérité les films d'Apatow), dévoile ici une vision du monde emprisonnée par les apparences. L'ensemble débouchant malgré lui sur une discrimination positive embarrassante et contradictoire. La tentative foirée de ressusciter Jerry Lewis n'arrangeant pas l'affaire, tant on ne croit jamais au personnage que Semoun est supposé incarner pour révéler ses vraies valeurs. L'acteur veut rendre son Cyprien drôle et attachant, il se résume à des calembours niveau CM2 qui ne font rire personne. Pire que tout, l'horizon esthétique du film se délimite à celle d'un sitcom AB production remonté par un sous Jan Kounen, c'est dire l'ambition du truc.

Cyprien
De David Charhon
Avec : Elie Semoun, Vincent Desagnat, Catherine Deneuve
Sortie en salles le 25 février 2009

 

Illus. © Mars Distribution

Jérôme Dittmar Le 23 February 2009
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