Dans la vallée d'Elah de Paul Haggis


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Water storm



Avec L’Irak, Hollywood a redécouvert l’horreur de la guerre. A croire que les années 1980 lui avait fait oublier le Viêt-Nam, étrange. Quoi qu’il en soit, aubaine pour Paul Haggis qui tente sa chance avec Dans la vallée d’Elah, plutôt pour le pire que le meilleur.
Après le racisme traité avec une finesse pachydermique dans Collision, Paul Haggis (nouvelle conscience tragique et morale de l’Amérique), veut nous parler de l’Irak. Immédiatement on prend peur, mais à l’arrivée le constat est moins pire que son premier essai derrière la caméra. Pas d’illusion pour autant, Dans la vallée d’Elah souffre à peu près des mêmes symptômes : volonté de grande œuvre à chaque plan, tentative ampoulée de revêtir un classicisme façon Eastwood (dont il a signé les derniers scénarios), et surtout symbolisme pompier à tous les niveaux. Ici le récit se construit comme une enquête puzzle où Tommy Lee Jones (parfait), ancien militaire, tente d’élucider l’assassinat de son fils à peine rentré du front. Accompagné d’une jeune flic local (Charlize Theron), il avance vers la vérité avec une rigueur martiale promise à se fissurer tandis que le film suit scrupuleusement un scénario qui tente de privilégier l’immersion climatique (ambiance Tennessee) et une lente remise en cause des certitudes.

Mais entre polar mou et film à thèse très tarte à la crème surfant sur les premiers retours des boys au pays (les têtes blondes se droguent, découvrent avec effroi l’horreur de la guerre et sa violence pour finir par s’y fondre, bref partis le « cœur pur » ils perdent leur innocence, merci du tuyau), Dans la vallée d’Elah est saturé d’un sous texte clignotant à l’adresse d’une Amérique post-naïve. Politiquement, Rambo était plus subversif. Dramatiquement, le film tente le mélo en semi réussite avec quelques beaux moments où l’histoire du fils s’infuse dans le père comme une révélation psychanalytique (avec l’image comme trauma, signe et révélateur). Certes, au final Haggis vise d’abord la tragédie filiale (et donc nationale voire universelle) tout en balançant sur la déshumanisation militaire et l’armée qui veut sauver les apparences. Mais en définitive, plombée par son allure démonstrative et une certaine grandiloquence, Dans la vallée d’Elah ressemble surtout à une tempête dans un verre d’eau.

Dans la vallée d’Elah
De Paul Haggis
Avec Tommy Lee Jones, Charlize Theron, Susan Sarandon
Sortie en salles le 7 novembre 2007

Illus. © Warner Bros. France

Jérôme Dittmar Le 06 November 2007
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