| 1 | Twilight - Chapitre 2 : tentation |
| 2 | 2012 |
| 3 | Le Concert |
| 4 | Trésor |
| 5 | Le Petit Nicolas |
| 6 | Rapt |
| 7 | L'Imaginarium du Docteur Parnassus |
| 8 | L'Homme de chevet |
| 9 | A l'origine |
| 10 | Micmacs à tire-larigot |
| . | Vincere |
| . | Le Drôle de Noël de Scrooge |
| . | Capitalism : A Love Story |
| . | Le Vilain |
| . | Zombieland |
| . | Hadewijch |
| . | Une Affaire d'Etat |
| . | Kinatay |
| . | Les critiques Cinéma |



En 1991, à Los Angeles, deux policiers sont chargés de faire équipe sur un triple meurtre avec cambriolage. L'un d'eux, Eldon Perry, est expérimenté, endurci par des années de services et pourri par une violence et un racisme qu'il ne parvient pas en lui à endiguer. L'autre, Bobby Keough, est une jeune recrue, intelligente mais influençable, poussée par Perry à franchir la ligne jaune, celle des actions proscrites par la loi. Leur enquête, pas très régulière, va devenir une arme dans les jeux de pouvoirs auxquels se livrent les différents services de police. En toile de fond se déroule le procès des quatre flics coupables du passage à tabac de Rodney King, événement bien réel dont chacun attend l'issue et dont le verdict provoquera une vague d'émeutes sans précédent depuis celles de Watts en août 65. La mise en scène de Ron Shelton, réalisateur spécialisé dans les films sportifs - Tin cup, Cobb, Les Blancs ne savent pas sauter, les Adversaires -, a pour elle son honnêteté. Modeste, sans tapage, ou si peu, elle est aussi sans génie. Mais cette faiblesse fait aussi sa qualité. Elle ne cherche pas à dire l'exemplaire. Elle ne discourt pas, n'analyse pas. Ce manque d'implication pourrait nuire au film. Et, en effet, cette absence d'ambition tend à le réduire à n'être qu'un de ces polars sympathiques mais sans réelle envergure. Ce qui serait déjà bien. Néanmoins la puissance de ses personnages le dépasse. Il en est débordé et cela est fort heureux. Cet éloignement volontaire de la mise en scène les libèrent. Il leur ouvre les portes d'une psychologie complexe, non rassurante, éloignée des habituels conditionnements.
Il faut ici s'attarder sur Kurt Russell, l'interprète d'Eldon Perry. Il porte le film sur ses larges épaules. Essentiellement salué pour sa prestation monolithique de Snake Plissken dans les New York 1997 et Los Angeles 2013 de John Carpenter, on le cantonnait, à quelques exceptions près, à des séries B. Dans Dark blue, il étoffe une palette de jeu dont on ne pouvait jusqu'à aujourd'hui que soupçonner l'étendue. Il offre un regard alternativement rendu hagard par la peur et le manque de confiance en soi, et empli de vivacité et d'agressivité sous l'effet de l'abus d'alcool. Raciste, violent, corruptible, ce fils de flic s'est laissé glisser sur la mauvaise pente, celle de l'autorité dévoyée. Méprisable, il n'en recèle pas moins un profond désespoir. La force du récit, et de la mise en scène qui le sert, est de ne jamais utiliser cette désespérance pour justifier les errances du personnage. Même après l'aveu de ses fautes, il n'en reste pas moins enfermé dans sa médiocrité. Le mal n'est pas évacué car, en réalité, il n'existe pas. Il est dans la nature d'une société hypocrite qui croit que la loi la protège de la corruption et des inégalités sociales.
Pas de discours moralisateur donc, pas de sermon, juste le spectacle des faiblesses de l'humain, de sa veulerie et de sa soif de pouvoir parfois sans bornes. Le tableau est peu reluisant. Il a cependant pour lui une certaine authenticité. Surtout, ses couleurs clair-obscur, bleu nuit, portent en elles une valeur cathartique. Avec elles, film et roman noirs redeviennent un peu cette moderne tragédie où l'humanité se débat au milieu de forces qui la dépassent mais dont elle est aussi parfois l'instigatrice.
Dark Blue
Réal. : Ron Shelton
D'après une idée originale de James Ellroy.
Avec : Kurt Russell, Ving Rhames, Scott Speedman, Brendan Gleeson, Lolita Davodovitch, Michael Michele.
USA, 2002, 1h56.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z