Demain dès l'aube... de Denis Dercourt


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Simulacres de simulations



Après La Tourneuse de pages, revenge movie pour petit-bourgeois mélomane, Denis Dercourt, ambitieux mais pas inspiré, s'attaque aux rôlistes pour interroger avec inquiétude le pouvoir de la fiction sur le réel. Fausse bonne idée.
On imagine Denis Dercourt au petit déj', lisant son quotidien préféré. Dans la colonne faits divers, un entrefilet sur un jeu de rôle grandeur nature qui dérape, un mort. Tilt, en voilà une idée de scénario, l'univers des rôlistes au cinéma, c'est inédit, effet nouveauté garanti. Le voilà donc planchant sur un script racontant l'histoire de deux frères, l'un pianiste en pleine midlife crisis (Vincent Perez), l'autre fan hardcore des campagnes napoléoniennes au point de se travestir en hussard chaque week-end (Jérémie Rénier). Le premier quitte femme et enfant pour retrouver le second alors que leur mère et malade, et tous deux sont un peu paumés. Le cadre est petit-bourgeois, comme d'habitude, et l'intrigue commence à déraper quand le rôliste embarque son frangin dans son univers. La réalité dérive alors progressivement sans qu'on la perde complètement de vue, le pianiste s'enfonçant dans un jeu dangereux et trop réel où les joueurs ressemblent à une secte, à moins que ce ne soit un club d'échangistes costumés.

Un film donc sur les dérives du jeu de rôle ? Oui et non. Dercourt se veut plus malin, plus subtil (ce qu'il n'est pas) : les bulles de fiction que créent et où s'enferment ses personnages, nourrissent aussi leur vide existentiel et manque d'inspiration. Mais ce qui aurait pu être vertigineux ne vole pas haut. On sent Dercourt inquiet. Pour lui, tout ça ressemble surtout à une dérive sectaire (ça finit mal). Faux cul, il fait mine de ne pas juger en se réfugiant derrière son récit et un carton bidon en pré générique, ce n'est qu'un écran de fumée cachant d'autant plus mal les détours laborieux du scénario. L'envie de créer une contamination de la fiction sur la réalité est présente et certaines scènes de basculement tutoient joliment le fantastique, mais le film demeure en définitive constamment bridé par une vision limitée des possibles, un retour à la psychologie qui ne se dit pas, des silences ronflant de vide. Demain dès l'aube,   référence aux duels qui se déroulaient au petit matin, se veut profond et étrange. Il n'est en fait qu'une mauvaise simulation sur la simulation, pire, sans la moindre idée pertinente de la question.

 

 

Demain dès l'aube de Denis Dercourt
Avec : Vincent Perez, Jérémie Rénier, Aurélien Recoing
Sortie en salles le 12 août 2009

 

Jérôme Dittmar

Le 10 août 2009