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Difficile exercice que le drame historique, surtout quand comme dans Deux sœurs pour un roi on s’empare d’un récit aussi riche et complexe et qu’on ne s’appelle pas Stanley Kubrick (au pif). En gros, l’intrigue oui, le film beaucoup moins.
Au moment où Canal diffuse Les Tudors, Deux sœurs pour un roi sort en salles. Inutile de chercher, c’est la même histoire. Celle d’Henry VIII donc, le roi d’Angleterre le plus sulfureux, grand héros tourmenté et versatile, qui fera scission avec l’église catholique au risque de rentrer en conflit avec l’Espagne et de mettre l’Europe à feu et à sang, tout ça pour les beaux yeux d’Anne Boleyn, sa maîtresse qui n’avait qu’un rêve, être reine. Mais ça on le savait déjà et il faut bien de la nouveauté. Deux sœurs pour un roi prend ainsi le parti d’ajouter à son récit la deuxième sœur Boleyn, Mary, moins connue, avec qui pourtant Henry VIII eut une idylle, avant Anne, et aussi son seul fils, bâtard forcément. Film à trois voix donc, avec Mary (Scarlett Johansson, pas mal) dans le rôle de la jeune fille sainte et pure toujours prête au sacrifice, Anne (Natalie Portman, plutôt convaincante) dans celui de l’ambitieuse et manipulatrice, féministe avant l’heure, et enfin Henry Tudor (Eric Bana, bof), l’homme prêt à faire sombrer son royaume pour les plaisirs de la chair, un esthète tragique et passionné.
Deux sœurs pour un roi, comme tout récit de cour qui se respecte, ne cesse de parler de trahison, conspiration, manipulation, filiation et jalousie. Tout n’est que secret d’alcôve, stratégie en sous main pour atteindre le pouvoir, les femmes y sont les pantins des hommes (à la fois pas tant que ça, c’est aussi le propos du film), et surtout à travers l’histoire sentimentale qui unit les sœurs Boleyn, se dessine un drame amoureux aux résonances politiques. Car derrière ce récit de cœur c’est du destin de l’Angleterre dont il est question, et sa vérité n’est pas cachée dans la complexité administrative du pouvoir, mais dans quelque chose de beaucoup plus trivial, le cul. Voilà à quoi tient l’Histoire, à la frivolité d’un roi lassé de sa reine et qui dans ses conquêtes rencontra en Anne une ambitieuse qui fera naître une telle frustration chez lui que la face du pays en sera changée à jamais. Le temps des rois était finalement plus romanesque que nos tristes démocraties. Pour ce qui est du film, il n’est pas à la hauteur de son récit, hésitant entre académisme et grandiloquence, il survole la complexité de l’intrigue, tout est filmé au bulldozer avec bande son surchargée, bref, c’est du lourd.
Deux sœurs pour un roi
De Justin Chadwick
Avec Scarlett Johansson, Natalie Portman, Eric Bana
Sortie en salles le 2 avril 2008
