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Devdas

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Indian time

Adaptation d'un des romans les plus lus en Inde, Devdas raconte l'amour impossible à la sauce bollywoodienne. Juste pour l'extravagance des décors et la somptuosité des costumes, ce film mérite le coup d'œil. Peut-être est-ce une gourmandise trop sucrée, voire indigeste pour certains estomacs occidentaux, mais cette superproduction est indéniablement ponctuée de moments de poésie.

Après le succès de Lagaan l'an dernier, Bollywood (contraction de Bombay et Hollywood ; l'un des principaux centres de production cinématographique mondiaux, avec plus de deux cents films par an) montre sa volonté d'exporter vers l'Occident sa production déjà très appréciée en Asie et au Moyen-Orient. Tous les ans, désormais, un film made in bollywood est présenté lors d'un grand festival (Devdas à Cannes (lire notre chronique); Lagaan à Locarno) puis sort en salle en Europe. Cependant, pas d'inquiétude, Devdas n'est pas l'un de ces films réalisés à la va comme je te pousse dans les studios de Film City à Bombay, de ceux dont on peut louer une cassette passage Brady. Même si la durée (trois heures, tout de même) et le côté kitch des décors peuvent rebuter, cette œuvre est calibrée pour le marché occidental. Pour les amateurs de comédie musicale et d'histoire d'amour qui finissent mal.

Sanjay Leela Bhansali signe avec ce film la dixième adaptation du célèbre roman de Sarat Chandra Chattopadhyay, Devdas. Ecrit en 1917, ce livre est un best-seller très populaire en Inde aujourd'hui encore. La première version de Devdas réalisée en 1928 était muette ; les versions suivantes ont été réalisées dans diverses langues du sous-continent indien. Celle de Sanjay Leela Bhansali est en hindi, comme la plupart des films indiens proposés à l'exportation.

Troisième film de Sanjay Leela Bhansali, un réalisateur d'habitude plus subtil, Devdas a coûté plus de 13 millions de dollars (un budget record pour un film indien). Et cela se voit. Les décors, particulièrement riches, chargés diront les mauvaises langues, donnent un caractère singulier, presque irréel, à l'histoire. La demeure de Parvati, l'amour d'enfance de Devdas, trop pauvre pour l'épouser, ressemble à un palais de conte de fées avec une façade toute de verre coloré. Les saris richement brodés, les bijoux, les cosmétiques ornent le corps des femmes qui rivalisent de sophistication. Le faste est partout, jusque dans les prétendus bas-fonds de Calcutta où Devdas se réfugie lorsqu'il a perdu celle qu'il aime / celle qui l'aime. Autant vous avertir tout de suite, la vraisemblance n'est pas le souci principal de ce genre de production. Ici, on vous offre du rêve.

Le ton est donné dès la première scène puisque, à l'annonce du retour de son fils, parti étudier à Londres pendant dix ans, la mère de Devdas révolutionne la maisonnée avec des transports de joie d'une théâtralité impensable dans le cinéma occidental. D'emblée, on est dans l'outrance. Les sentiments se dévoilent face caméra, avec des œillades et des jeux de sourcils. Les visages s'illuminent de sourires radieux ou bien se plissent ostensiblement de chagrin, de dépit. Les émotions des personnages se lisent dans le jeu très démonstratif des acteurs. Si certains personnages paraissent caricaturaux, la belle-sœur de Devdas par exemple, c'est parce que ce sont moins des protagonistes que des archétypes. En effet, Devdas touche presque au mythe. Cette histoire d'amour impossible transpose dans l'Inde du début du XXe siècle l'histoire de Krishna et Radha, les amants éternels.

Cependant ce conte mélodramatique n'est pas exempt de temps morts. La mise en place de l'histoire est lente. Soit. Les personnages principaux n'entrent en scène que tardivement créant ainsi un effet d'attente. Très bien. Mais certains passages sont un peu ternes en particulier les aller-retours entre l'enfance et les retrouvailles des deux héros ou, plus tard, les scènes de beuverie. Le personnage de Devdas (joué de façon assez inégale par Shahrukh Khan) agit de façon quasi incompréhensible à trois ou quatre reprises. L'aspect absolu de son amour pour Paro l'isole du reste du monde, donc des spectateurs. Son comportement laisse dubitatif et empêche une véritable sympathie. Le film semble donc parfois longuet.

Mais la très belle photographie de Binod Pradhan, malgré quelques décadrés irritants et sans intérêt, charme l'œil et fait oublier ces faiblesses. Le cinéma bollywoodien est intrinsèquement un cinéma qui s'adresse aux sens puisque l'ouïe, elle aussi, est flattée. La musique d'Ismail Darbar souligne chaque tableau, chaque moment de l'histoire et leur donne une couleur, un ton. Les chansons de Nusrat Badr, très harmonieuses, permettent, quant à elles, de faire un point de la situation. En effet, les intermèdes musicaux, en sus de leur caractère esthétique, participent véritablement à l'action puisque les protagonistes expriment leur état d'esprit en chantant. Une chorégraphie très élaborée accompagne ces monologues chantés. Malheureusement pour le spectateur occidental, la danse indienne étant une sorte de danse des signes, une partie du message nous échappe alors. Aishwarya Rai, ex Miss monde reconvertie dans le cinéma, incarne avec beaucoup de grâce Parvati, l'amour d'enfance de Devdas. Elle se distingue lors des scènes de danse non seulement par sa beauté mais aussi par sa maîtrise de la danse indienne.

Devdas de Sanjay Leela Bhansali
Bollywood / 2002 / 3h
Avec Aishwarya Rai, Madhuri Dixit, Shahrukh Khan
Sortie officielle le 2 avril 2003
Sélection officielle Festival de Cannes 2002

Sur le web :
- Le site officiel - Lire notre dossier sur le web indien, avec une riche sélection de liens commentés et un choix de sites made in Bollywood : Tour du monde du Web : L'Inde.
Marie Mongard


• Casting de Devdas

Réal. : Sanjay Leela Bhansali
Avec : Madhuri Dixit , Shahrukh Khan , Aishwarya Rai , Jackie Shroff , Kiron Kher , Smita Jaykar , Tiku Talsania , Vijayendra Ghatge , Milind Gunaji , Ananya Khare

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