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Après Chicago, les délires rococos de Baz Luhrmann ou le très grand et très démocratique Rent, la comédie musicale façon Broadway revient, black and proud, dans Dreamgirls. Un faux biopic qui pour son début étourdissant renvoie nos prétendants franchouilles du genre à leur bac à sable.
Dès les dix premières minutes de Dreamgirls, on a vite envie de dire à Olivier Dahan d'aller apprendre à faire des films avec Bill Condon. L'incroyable première partie du film, modèle de virtuosité et d'économie, vrai tourbillon énergétique se prolongeant pendant plus d'une demi-heure, est peut-être même ce qu'on a vu de mieux en ce début d'année. Alors que Marion Cotillard s'épuise pathétiquement à faire revivre une morte (qui le reste), l'Amérique fait rechanter ses idoles avec une vivacité hallucinante. Car Dreamgirls, faux biopic de Diana Ross, ses Supremes et l'histoire de la Motown, sans être à la hauteur d'un début qui forcément ne tient pas sur la longueur, réussit partout (ou presque) là où échoue le sinistre La Môme.
Dreamgirls n'a certes pas les mêmes ambitions. Dreamgirls est d'abord une comédie musicale, au sens classique, traditionnelle du genre. L'horizon Broadway, qui fût déjà la grande source d'inspiration des Minnelli ou Donen, n'est d'ailleurs pas étranger du fait de son ambition et de sa (dé)mesure. Adapté d'un show de 1981 du même nom, Dreamgirls démarre donc fort, très fort. Une première partie à la fois hyper elliptique et ultra concentrée suivant l'ascension du girls band, les Dreamettes, trois filles black de Detroit qui comme tout le monde aujourd'hui, rêvent d'être chanteuses. L'efficacité avec laquelle Bill Condon mêle dès les premières minutes la chanson au récit, le rythme musical au montage, la manière dont il synthétise les situations pour aller à l'essentiel en quelques plans, sont autant de solutions de mise en scène qu'une saisie à bras le corps de son film.
La puissance étourdissante qui se dégage de cette première partie - où avec une célérité sidérante Condon resitue le contexte, les personnages et leurs ambitions - était sans doute trop belle pour durer, impossible à tenir. Lorsque le groupe splitte, le film aussi. D'où son inégalité un peu amère dès lors que sur la comédie musicale, le cinéma, le théâtre commence à prendre le pas. Le film s'effondre lorsque Condon se souvient qu'il faut bien raconter quelque chose, qu'il faut affiner les caractères, créer des tensions psychodramatiques, un peu d'amour, de jalousie, d'ambitions et surtout, évidemment, ne pas oublier d'avoir un propos sur l'industrie musicale. Celle qui devient par Jamie Foxx en producteur, une usine à produire des tubes pour tous (comprenez pas que pour la communauté), forcément vides, aseptisées, inauthentiques, loin des racines du vrai R&B. Disco quoi.
Dreamgirls développe pourtant une grande idée : multiplier les entrelacements entre la vie et la scène, la chanson et la parole... là où pour Olivier Dahan, c'est un échec pur. Tout comme la question de la mimétique dont Condon se moque. Dreamgirls s'amuse avec ses icônes, falsifie la réalité, fait des clins d'œil quand il faut (tiens, les Jackson 5 !), parce qu'il a compris que la copie était vaine et que l'imaginaire était plus puissant. Malgré ses faiblesses, Dreamgirls nous fait suffisamment confiance pour savoir que tout point de vue sur une pop star est d'abord une question d'investissement du regard. Ce qui constitue son image réside uniquement dans celui qui la reçoit et qui l'invente, et voilà pourquoi comme dans Velvet Goldmine de Todd Haynes, toutes les libertés sont permises.
Dreamgirls
Réalisé par Bill Condon
Avec Beyonce, Jamie Foxx, Eddie Murphy
Etats-Unis, 2005
Sortie en France le 28 février 2007

[Illustrations : © Paramount Pictures France]
Sur le web :
- Site officiel
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