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La chanson est charmante. " Tout doucement/ n’allez pas trop vite/ l’amour viendra/ se blottir dans vos bras. "
Rien de glauque non plus quand on apprend qu’il a le Sida. Il prend ses cachets sans autres commentaires, sans désespoir ni défaitisme, simplement. La maladie interviendrait presque comme une anecdote. Non pas que les scénaristes aient atténué la gravité de cette épidémie mais face au sourire désarmant du protagoniste principal, on porte un regard moins découragé, moins sombre, moins craintif sur ce que bien des gens appellent pompeusement " le fléau de cette fin de siècle ". Ainsi, quand on se retrouve dans la salle d’attente d’un hôpital, on en vient même à sourire du soulagement de Christiane Millet (Madame Castellane dans Le Goût des Autres) quand elle apprend qu’il existe des penta-thérapie : " J’en suis à une Bi, s’exclame-elle ; j’hésite parce que je me dis que si ça ne va vraiment pas, il y a toujours la Tri. "
Le propos reste toujours simple quand notre héros se rend chez sa mère décédée et décide de retrouver son père, immigré algérien habitant Marseille. Le voilà donc décidé à prendre la route. Un cerf-volant en guise d’étendard, il va lier Nord et Sud en stop au cours du reste du film. Dommage.
Tandis que ce premier tiers était audacieux et juste, le reste de cette histoire émaillée de rencontres invraisemblables et mâtinée d’une intrigue policière fini par nous irriter franchement. Olivier Ducastel et Jacques Martineau commençaient à nous transporter. Mais leur trop grand désir de militantisme a finalement raison de la belle histoire qu’ils avaient réussi à installer.
Car si on nous dit que Félix rencontre sa famille en chemin, on constate surtout qu’il croise des gens atypiques : une gentille mamie et une mère de famille débordée, certes, mais aussi deux homos - dont un de seize ans avec qui il fauche une voiture, parce que c’est la chose folle à faire du moment… L’autre gay le prend en stop, et puis le prend tout court, et là on se demande si on n’est pas devant un film ghetto, cherchant à provoquer sans réelle envie de transmettre un discours militant et raisonné. En voulant jouer également sur le tableau de l’immigration et de la difficulté d’être beur en France, les réalisateurs s’éparpillent un peu, on ne sait plus ce qui est crucial pour le personnage, on le perd de vue, lui qui nous semblait si proche.
Saluons malgré tout l’interprétation de Sami Bouajila, entouré d’une galerie d’acteurs irrésistibles : Ariane Ascaride (qui parle pointu), Patachou (qui parle franchement) et Maurice Bénichou (qui ne parle pas), et regrettons d’être passé devant ce qui aurait pu être un très bon film.
Drôle de Félix
De Jacques Martineau etOlivier Ducastel
Avec Sami Bouajila, Patachou, Ariane Ascaride
France, 2000, 1h35.
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