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Eternelle reprise. Par une sorte de mouvement de répulsion, Dennis Hopper dresse dans Easy Rider (1969) un portrait au vitriol d'une Amérique agitée.
Easy Rider revisite le mythe de la Conquête de l'Ouest, très cher aux Américains. Le film se présente comme un manifeste de la contre-culture, conduisant à mettre en cause les frontières du normal et du pathologique, du légal et de l'interdit. Ce pays qui avait si longtemps repoussé les frontières, se retrouve confronté à lui-même, dans une sorte de face à face d'où ne peut sortir qu'un vainqueur. Dans la lignée du mouvement intellectuel de 1968, Easy Rider annonce ce courant de dénonciation d'une Amérique des extrêmes, une sorte de "bébé géant qui s'amuse avec des explosifs", pour reprendre l'expression d'Henry Miller. Musique et mysticisme marchent au coude à coude dans ce western moderne, où l'antimatérialisme cohabite avec une croyance des bienfaits de la connaissance de soi : hallucinogènes (la fameuse scène du trip au LSD dans un cimetière), danse, alcool étant censés ouvrir la voie des paradis artificiels, ces havres de paix qui masquent un enfer de la perdition. Pour la plupart des Européens, Easy Rider a confirmé leur propre image de l'Amérique, un microcosme où sont étroitement mêlés puritanisme et débauche, mesure et excès.
Toutefois, il serait simplificateur de limiter le projet de Dennis Hopper à une révolte anarchisante. Son exigence est, me semble-t-il, plus profonde. A son point de départ il y a la constatation d'une rupture. L'Amérique vit dans des idées, à moitié recluse dans l'idéalisme, noyée dans l'illusion du moralisme. L'expérience pionnière de la "frontière", le mythe du parcours sans entraves de l'homme dans un espace vierge et libre se muent en raidissement et perte d'orientation. Easy Rider n'est pas qu'un vagabondage mais une sorte de quête spirituelle qui ne peut aboutir sans frôler la désillusion et la mort.
Ce film pamphlétaire s'attache à examiner de manière quasiment iconoclaste les préjugés culturels qui se dissimulent derrière les systèmes de signes. Les deux anti-héros épris de liberté se heurtent sans cesse à un ordre immuable où tous les individus apparaissent comme assujettis à des codes, des règles. Easy Rider n'est en rien un appel à la transgression; c'est plus largement le procès de l'intolérance et de l'indifférence. Car cette Amérique n'empêche pas de faire; mais elle réprime sévèrement ce qui lui semble déviant. Cette Amérique qui se veut une et indivisible ne supporte pas la contestation.
Easy Rider
Réal. : Dennis Hopper
Avec Dennis Hopper, Peter
Fonda, Jack Nicholson
Etats-Unis - 1968 - 1h 30mn
copie neuve
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