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On peut voir le quatrième film de Michel Blanc comme un vaudeville classique. Le plaisir sans être immense sera au rendez-vous. Il est aussi et surtout une peinture d'une humanité dépressive au bord du vide, dont la noirceur est malheureusement trop systématique.
Le lien transparaît déjà dans l'inspiration. Le film précédent racontait l'itinéraire d'un français qui immigrait à Londres pour écrire un roman et commencer une nouvelle vie. La langue de Shakespeare y prenait le pas sur celle de Molière, ce qui n'empêchait pas Michel Blanc de jouer de son invention habituelle en matière de dialogue. Quant à Embrassez..., son récit, dont tous les éléments hormis Charlotte Rampling sont spécifiquement français, s'inspire d'un ouvrage d'un auteur britannique, Joseph Connolly. Malgré les apparences, l'humour n'y est pas celui d'une commune pièce de boulevard. Une profonde amertume l'imprègne. Du film nous ne retenons pas les portes qui claquent ou les quiproquos souvent convenus. Nous gardons en mémoire des regards ou des bribes de phrases qui laissent affleurer les angoisses et le désespoir minant l'ensemble des sujets. L'un d'entre eux fait une tentative de suicide pendant qu'un autre s'enferme dans une jalousie poussée jusqu'à l'autodestruction. Ces représentants peu reluisants de l'humanité s'examinent, se jaugent mutuellement avec méfiance, quand ce n'est pas mépris. Rien n'est vraiment excusé, tout n'est que faiblesse ou folie.
Ce regard dur, ces observations sans indulgence jetées sur un groupe en perdition, entre grand hôtel et bungalow, pavillon décrépi et résidence de standing, n'est pas sans rappeler de nouveau l'âpreté de Mauvaise Passe. Cependant la comparaison à ce niveau ne joue pas en faveur du nouveau film de Michel Blanc. Elle en désigne même la faiblesse essentielle. Les errement du Français dans la capitale anglaise le conduisaient à des actes avilissants, tant pour lui-même que pour ses partenaires de rencontre. L'ambiance était glauque, la violence psychologique sans retenue. Néanmoins l'itinéraire n'avait pas vertu d'exemple. Propre à un individu, il se concluait sur l'expression d'une pulsion de vie. Dans Embrassez..., rien de tel. La bile ronge tout, les âmes sont envieuses, les humains aveugles à la douleur de leur prochain. La noirceur est brossée de manière systématique. Nulle concession dans l'entreprise de démolition. Michel Blanc essaie de sauver quelques morceaux par le seul usage du rire, en pure perte. Sa vision reste destructrice et profondément dépressive. Elle porte attention à ces démences du quotidien qui peuvent de l'intérieur vider totalement un être. Elle devrait être touchante, tragique. Son caractère trop concerté, trop répété lui enlève toute crédibilité.
Nous ne remettons pas en question la sincérité du réalisateur. Tant de récurrences d'un film à l'autre témoignent de son honnêteté. Mais cette fois-ci, il a voulu démontrer, discourir, sans subtilité. L'ambition qu'il affiche fait plâner sur lui l'ombre de Robert Altman, maître de la polyphonie et fresquiste de la modernité. Certaines critiques reprochent à ce dernier une misanthropie teintée de nihilisme, à tort selon nous. De cette accusation, Michel Blanc pourrait également en faire les frais, avec cette fois peut-être plus de pertinence.
Embrassez qui vous voudrez
Réal. : Michel Blanc
Avec : Charlotte Rampling, Jacques Dutronc, Carole Bouquet, Michel Blanc, Karin Viard, Denis Podalydès, Clotilde Coureau, Vincent Elbaz, Lou Doillon, Sami Bouajila -