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Tout se joue ici, dans ce lien que révèle Apatow : créer du quotidien, des situations communes, utiliser les dialogues pour citer une pluie de noms et se situer dans l’actualité. Les personnages vont voir Spider-Man 3 (qui sortait en même temps aux USA), ils évoquent des dizaines de films, l’Irak (pour déconner), Ben dit qu’il s’entendrait avec Vince Vaughn mais qu’il déteste Matthew Fox, et les problèmes rencontrés sont triviaux mais familiers. On est synchrone, Apatow brise les murs qui séparent Hollywood du public, il fait de la comédie en temps réel. Mais mieux : d’une part il réussit à ne pas diluer son sujet et réalise la première comédie sur la paternité qui ne soit pas à vomir, de l’autre il égratigne au passage la télévision et ses cadres, un système qu’Apatow connaît bien et dont il est sorti amer après l’arrêt prématuré des Années campus, flinguées par la Fox. D’où l’intérêt pour En cloque qui, lucide et critique sur son époque raconte aussi comment Ben et sa copine (Katherine Heigl de Greys Anatomy) vivent une histoire d’amour à l’envers, en partant de la grossesse pour aller vers la rencontre, le couple, avec en face d’eux en contre point un autre couple ayant suivi le schéma classique. Mais si chez Apatow on trouve toujours l’amour, l’épanouissement, il est aussi question d’un sacrifice, d’un pas à faire pour sortir de sa post adolescence. On va vers la norme sans renier son passé (une idée de l’âge adulte, discutable). Les jolies filles tombent amoureuse des nerds, mais ceux-ci choisissent d’abandonner quelque chose pour assumer leur responsabilité et se créer une autre famille que celle entre garçons. Au passage, Apatow réactualise la comédie de genre et revisite la guerre des sexes, mais toujours avec foi dans la réconciliation.
La famille, c’est justement le cœur du système d’Apatow, jusque dans la fabrication du film. Dans En cloque, il fait jouer ses proches, ses amis, les pères spirituels reviennent (Harold Ramis dans le rôle du paternel de Ben), exerçant ainsi une main mise sur la production tout en se situant dans une lignée. Mais contrairement à ses amis du Frat Pack (il a contribué au Ben Stiller Show dans les années 1990) qui monopolisent les écrans en famille, chez Apatow aucun second degré, on est dans un cinéma littéral, une sorte de néo-réalisme de la comédie romantique et familiale qui reprend ce qu’on a vu ailleurs avec une tonalité différente. C’est son affirmation, d’être au cœur du système mais avec une honnêteté qui tout en restant collée au genre lui donne sa propre voix. D’où son succès auprès d’un public lassé par les conventions, le cynisme ou le formalisme d’un système. Apatow réalise ce que Kevin Smith était incapable de faire (trop enfermé dans sa logique), tout en reprenant à Tarantino le goût pour la citation mais en moins abstrait et théorique car plus inscrit dans le quotidien. Avec En cloque (Knocked Up en VO, double jeux de mot), il affirme (sur un mode plus mineur que 40 ans), son affinité pour le trivial et l’anecdotique tout en le resituant dans un format classique qui lui donne ampleur et gravité. Il donne un film de plus à cette génération dont il est le miroir fidèle et amoureux. Rien que pour ça, il mérite d’être salué.
En cloque, mode d'emploi
De Judd Apatow
Avec Seth Rogen, Katherine Heigl, Paul Rudd
Sortie en salles le 10 octobre 2007

Illus. © Paramount Pictures France
Sur le web : - En cloque, consulter le guide Grossesse, mode d'emploi de Doc
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