En terre étrangère de Christian Zerbib


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Un pour tous, tous humains



Un reportage sur les migrants, échoués ici, partis d'ailleurs. Porté par une intention bienveillante qui va au contact des gens pour donner corps à la réalité du sujet. Qui dépouille humblement la forme pour laisser s'exprimer le fond. Et se situe radicalement du côté de l'humain.
Alors que Home a envahi rien moins que le champ de Mars et la planète, gageons que la diffusion de ce petit film sera un brin moins spectaculaire. Cinq journalistes dans une salle de projection, c'est peu pour faire du tapage médiatique... Et avec 20 copies du film en exploitation, ce n'est pas évident non plus de faire un carton. Il faut dire qu'avant même la question de la couverture, il y a celle du financement du projet. Et là non plus la balance n'atteint pas l'équilibre. Tourné avec des moyens réduits, En terre étrangère n'a pas le panache d'un grand documentaire cinématographique. La caméra ne cherche jamais l'exploit et même se contente généralement d'être un simple outil de captation, les cadres sont peu composés, la photo n'a pas d'éclat particulier, l'illustration musicale est basique, le montage transparent. La construction même du film échappe à toute écriture forcée, s'attachant à suivre comme la logique d'une pensée libre, fluide, sans ostentation ou virage prédéterminé. Quant aux décors et visages ils sont là pour leur vérité, pas leur esthétique.

Zéro artifice

N'empêche, le film a raflé le Grand Prix OMCT (Organisation Mondiale contre la torture) du Festival International du Film des Droits Humains (FIFDH) à Genève en mars dernier. Parce que ce qui compte, c'est son contenu, et il est fort. Comme peut l'être le recueil bien senti de propos sur ces migrations qui transforment des êtres humains en « sans-papiers ». Immigrés régularisés ou non, hommes politiques, célébrités concernées, citoyens engagés, bénévoles investis, africains rêvant de traversée, gardes-côtes... Tous témoignent à leur façon, jusqu'à dessiner le tableau d'une situation qui flirte avec la tragédie, plombée par des décisions politiques de surface aveugles aux lourdes implications humaines.

Citations

Le discours est clairement du côté des migrants, de la régularisation des sans-papiers, et ne s'en cache pas. Evoquer les motivations qui poussent à monter sur des pirogues de mort pour braver l'océan : « La jeunesse sénégalaise est en perte d'espoir ». Pointer l'indignité des conditions de vie qui attendent ceux qui parviennent à franchir les frontières : « L'Europe ce n'est pas l'Eldorado... c'est l'humiliation quotidienne ». Dénoncer l'exploitation politique de la peur paranoïaque qui voit l'étranger en ennemi. Mettre à mal les stigmatisations. Souligner le désir de bosser et non d'être assisté, n'en déplaise aux préjugés : « On n'est pas des mendiants, nous voulons travailler »... Christian Zerbib sonde le sujet de l'intérieur. Il recueille des vérités qu'on n'entend pas assez, briques fantômes d'une réalité souvent laissée dans l'ombre.

Ces paroles variées, assurées et construites ou malhabiles et cherchant leurs idées, éclairent la problématique de multiples lumières, à la mesure de chaque intervenant. Ce sont Charles Berling, Josiane Balasko ou Emmanuelle Béart, Azouz Begag ou François Rebsamen, mais aussi de nombreux inconnus, Seydou Togola gréviste de la faim à Cachan, Imane Ayissi styliste camerounais, ou Ali, tout court, ivoirien clandestin en France depuis six ans... Et chacun a sa juste place, sans concurrence déplacée. Et chaque mot s'ajoute aux autres pour en accroître la portée jusqu'à, qui sait, atteindre le cœur des esprits.

 

Illus © Les Films d'Ici

 

En terre étrangère
De Christian Zerbib
Avec Charles Berling, Josiane Balasko, Emmanuelle Béart
Sortie en salles le 19 août 2009

 

Julie Deh

Le 17 August 2009
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