Enfermés dehors de Albert Dupontel


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Maman, j'ai rajeuni Charlot !



Dans Enfermés dehors, Albert Dupontel rend hommage au cinéma muet de Keaton et de Chaplin et fait dans le burlesque social, mais en un peu moins classe. Du comique, de l'action et du vitriol...
Curieuse ironie du sort, le nouveau film d'Albert Dupontel arrive en même temps que les grands mouvements sociaux. Et si un SDF à moitié fou trouvait un uniforme de CRS et s'en servait pour rendre son bébé à une femme qu'il croit victime d'un complot et dont il est tombé amoureux en la voyant sur une affiche publicitaire...

Le créateur de Bernie nous avait habitués à un côté trash et à un certain goût pour un univers décalé mais bel et bien ancré dans notre réalité : on se souvient du nourrisson qu'on jetait par le vide-ordures ou des bagarres à coups de pelle de Bernie. Du coup, son style avait été rapproché - trop hâtivement ? - d'un cinéma de l'absurde et du non sens perpétré par les Monty Python, notamment Terry Gilliam et Terry Jones, présents dans le film. On l'avait alors rattaché à une pseudo « nouvelle vague » française élevée avec le magazine Starfix et le cinéma de genre (Mathieu Kassovitz, Christopher Gans, Gaspard Noé, Nicolas Boukhrief...). Et pourtant son cinéma n'obéit à aucune règle. Dupontel est à part, pour ne pas dire enfermé en dehors des genres et du cinéma français *.

Une ode au cinéma muet burlesque et à

Chaplin
Enfermés dehors continue à affirmer la thématique de ses deux premiers films (amour des marginaux, des rejetés de la société) mais est avant tout une ode au cinéma burlesque. Albert Dupontel a poussé l'hommage jusqu'à effectuer lui même ses cascades, tout comme Buster Keaton. Et il est ici vraiment propulsé dans tous les sens...

Néanmoins il se revendique avant tout de l'école Charlie Chaplin, à qui le film est dédié, et plus particulièrement du Charlot des premiers courts métrages - devenu logiquement aujourd'hui SDF - où le vagabond avec sa canne passait son temps à agresser l'ordre établi. A ceci près que Chaplin maintenait toujours une certaine classe, même dans le plus simple appareil. Chez Dupontel, on est bien plus proche de la folie ordinaire et des Deschiens - embarqués eux aussi dans l'aventure. Le comédien-réalisateur affiche ainsi une volonté d'ancrage dans la réalité et le social, dont la gravité est d'ailleurs accentuée par le "sample" d'accords tirés de chansons de Noir Désir. Comme chez Chaplin pourtant, l'agressivité est contrebalancée par une véritable tendresse : la séquence où Claude Perron essaie par tous les moyens de dire "bonne nuit" à son bébé prisonnier de ses beaux parents ou encore celle du repas des SDF sont magnifiques.

A y repenser, les "one-man-show" de Dupontel n'auront été qu'un excellent accident de parcours. Aujourd'hui, le cinéaste l'emporte sur le comédien et, dans Enfermés dehors, fait preuve d'une rage de faire du cinéma. Un exemple de cette recherche visuelle : la scène hallucinée dans laquelle les personnages des affiches publicitaires se mettent à bouger. On peut soit trouver l'effet tarte-à-la-crème, soit considérer qu'il excelle là dans un genre qui lui est propre : celui de la satire burlesque redynamisée.

Enfermés dehors
Un film de Albert Dupontel
Avec Albert Dupontel, Claude Perron, Nicolas Marie
Sortie en salles: 5 avril 2006

* note : en témoigne également la difficulté qu'il a eue pour financer son film, allant jusqu'à chercher des producteurs aux Etats-Unis (où il peut s'enorgueillir d'avoir failli obtenir Edward Norton en acteur principal), mais d'où il est revenu par peur de perdre la « director's cut ».

Matthieu Perrin Le 04 avril 2006
Sur Flu : - la chronique du film Le Créateur (Albert Dupontel, 1998)

Sur le web : - le site officiel (Albert Dupontel)