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Il y a comme un gros malentendu à la base d'Evan tout-puissant, fausse suite de Bruce avec à l’époque Jim Carrey aujourd’hui remplacé par Steve Carell. Le genre de problème de communication, voire d’interprétation, qui vous flingue un film du début à la fin, sans seconde chance, même pas une scène à sauver.

Dans l’état, Evan tout-puissant empile avec hystérie une succession de scènes où la connerie et le gras se partagent avec constance une mise en scène ne misant que sur des effets poids lourds. Le spectacle de Steve Carell, gesticulant sans arrêt à renfort de grimaces et de gags prosaïques rend même la vision du film assez consternante. Au départ, le voir envahi par la totalité de la faune a de quoi laisser présager mille situations invraisemblables à résoudre avec génie puisqu’il s’agit, d’abord, de les projeter dans un contexte aussi banal que protocolaire (une suburbia et son bureau de député). Aussi, transformer Carell progressivement en prophète qui doit se plier à tous les accoutrements du pèlerin (barbe, cheveux, tunique), là encore il y avait la possibilité de jouer sur un décalage autant ahurissant que parodique. Manière de tourner en dérision les clichés des représentations bibliques tout en manipulant le corps de l’acteur.

Evan tout-puissant ne mise donc plus sur le plaisir ludique d’un personnage propriétaire de tous les pouvoirs (comme le précédent film), mais seulement sur cette mission abracadabrante conçue une parabole se résumant à vouloir supplanter le politique par le religieux dans un vague contexte post-Katerina, non sans en un reste de caricature sauvant le film in extremis du prosélytisme. Mais ça ne change rien, entre l’ode ridicule à la famille (on se réunit tous pour construire l’arche et on y croit à fond, après avoir quand même douté mais vite fait), et l’accumulation de scènes misant sur l’incrédulité d’un public qui finalement sera bien obligé d’y croire (au déluge), le film ne fait que multiplier les messages d’une balourdise aussi énorme que le (non) style Shadyac. Le final, soudainement blindé d’effets spéciaux aussi dispendieux qu’inutiles, semble alors être une sorte d’aveu en forme de cache misère de toute l’incapacité du film à résoudre son calcul initial. Steve Carell, à l’avant de son arche traversant la ville paraît totalement réduit au néant, sorte d’accessoire transformé en faire valoir d’une œuvre incapable de convertir son scénario en comédie aussi joyeuse que fédératrice. Le seul sentiment chrétien qu’il nous reste alors devant Evan tout-puissant, c’est bien la pitié. Et si finalement le vrai malentendu c’était la présence de Steve Carell ?
Evan tout-puissant
Un film de Tom Shadyac
Avec Steve Carell, Morgan Freeman et Lauren Graham
Sortie en salles le 15 août 2007

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