Extension du domaine de la lutte de Philippe Harel


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Difficile de parler de l’Extension du domaine de la lutte sans aborder le "problème" de l’adaptation. Pourquoi diable adapter à l’écran une histoire déjà existante, déjà écrite et qui a déjà vécu ? L’adaptation est en fait une réécriture, une seconde vision du sujet.
Un cinéaste utilise une œuvre préexistante sur un support différent pour s’exprimer à partir de l’image, de la mise en scène ou du montage. C’est par exemple ce qui motivait Kubrick. Ici, Philippe Harel n’était pas du tout dans le même état d’esprit. Il voulait porter à l’écran l’œuvre de Michel Houellebecq le plus fidèlement possible. C’est ici une volonté fort louable de partager ses goûts avec le plus grand nombre. Le fait que Philippe Harel ait écrit son scénario en étroite collaboration avec Michel Houellebecq n’a fait qu’accentuer ce sentiment. Le cinéaste a visiblement adoré l’œuvre littéraire et voulait donc la retranscrire dans sa forme artistique de prédilection avec l’aide et l’accord de l’auteur initial. Le romancier quant à lui semblait plus motivé par la curiosité que par la création. En effet, quel intérêt y a-t-il pour lui de refaire le même travail ?

Car disons le tout de suite, le film et le livre sont presque en tout point identique. Philippe Harel n’a fait que coller des images au texte. Les voix off du film, par exemple, sont très fidèles à l’œuvre d’origine. Ce qu’il y a de problématique, c’est que si l’on enlevait les images à la voix off, le texte resterait compréhensif et fascinant, alors que les images sans les voix off deviendraient inutiles. La pellicule n’est pas ici porteuse de sens, ce qui rend la réalisation, la mise en scène, donc l’apport de Philippe Harel au projet, beaucoup trop arbitraire. Ce film en réalité ne brille que par la qualité de son écriture. Les deux hommes ont simplement un peu trop oublié de faire du cinéma.

Jonathan Lecarpentier Le 13 octobre 1999