Fais-moi plaisir ! de Emmanuel Mouret


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Mouret en mode Sellers



Après nous avoir questionnés sur la force tragique d'un simple baiser dans son précédent film (Un baiser s'il vous plaît), Emmanuel Mouret nous revient sur un ton bien plus léger, et toujours aussi enlevé. Marivaudage, burlesque gestuel classique mais efficace, Fais-moi plaisir ! tient magistralement la promesse de son titre.
On adore Emmanuel Mouret pour son art du marivaudage léger et néanmoins profond. De film en film, il dessine une série de personnages féminins subtiles et touchants, et il s'invente lui-même en pierrot maladroit, transi d'amour et de désir. Comme on ne change pas une formule qui marche si bien, Fais-moi plaisir ! nous propulse en terrain connu, un peu là où Changement d'adresse nous avait laissés. Soit un couple très amoureux, Jean-Jacques (Mouret) et Ariane (sa muse Frédérique Bel), à l'heure du petit-déjeuner. Tout serait parfaitement idyllique, si un coup de fil ne venait perturber ce bel équilibre.

Parce qu'il a, la veille, rencontré un ami qui aurait mis au point un message manuscrit qui ferait tomber toutes les femmes, Jean-Jacques a voulu essayer... et se retrouve poursuivi par une mystérieuse jeune femme, qui se révèlera être la fille du président de la République. Ariane, de dépit, impose à Jean-Jacques d'aller au bout de ce stratagème, et de coucher avec elle. Pris dans ce délicieux piège, il décide de se rendre à la petite soirée organisée pour lui... dans un hôtel particulier jouxtant les palais présidentiels.

Sur le principe du film en 24h, où tout va de mal en pi, Mouret déploie ici un univers burlesque qui se réfère sans pudeur à The Party de Blake Edwards. La scène de la réception chez la fille du président, où Mouret enchaîne maladresses et situations obscènes, est une pure merveille. Timing, jeu des acteurs, sens de l'imagerie et du geste burlesque, tout est parfaitement maîtrisé et avance sur un rythme digne de ses aînés. Judith Godrèche, qu'on est peu habitué à voir dans de tels univers, révèle ici un sens de la légèreté parfait. D'électrocution en rideau coincé dans la braguette, Mouret se déchaîne et signe quelques moments d'anthologie.

Mais saluons aussi le cinéaste puisque, l'air de rien, il est l'un des rares à revendiquer un univers comique profondément populaire, où le héros se nomme Jean-Jacques, où le couple idéal habite un double studio recomposé, où les milieux de la haute côtoient en toute simplicité ceux des ouvriers (l'appartement de la bonne, où s'entassent ses 4 sculpturales petites sœurs). On pense parfois au cinéma joyeux et généreux de Pascal Thomas, ou bien sûr au maître Jacques Rozier, qui partage avec Mouret son amour plein de vénération pour toutes les jeunes femmes en fleurs. L'esthétique que déploie Mouret réunit l'ultra théâtral des situations à un regard très tendre porté sur tous ses personnages, qu'ils soient fille de président paumée, amant boxeur, bonne discrète ou dragueur émérite.

Au fond, c'est du désir que naît ce ballet des corps qui va transcender les milieux sociaux, comme une sorte d'utopie qui dure juste le temps d'un rêve. Un très beau rêve de comédie en tout cas.

Fais-moi plaisir !
De Emmanuel Mouret
Avec Emmanuel Mouret, Frédérique Bel, Judith Godrèche
Sortie en salles le 24 juin 2009

Anita Blum

 

Le 23 June 2009
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- Emmanuel Mouret sur Flu : lire les critiques de Changement d'adresse (2006), Un baiser s'il vous plaît (2007)
- Voir l'interview d'Emmanuel Mouret à l'occasion de la sortie d'Un baiser s'il vous plaît