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forum FaussaireHoward Hughes, l’aviateur incarné par
Leonardo DiCaprio chez
Scorsese, l’homme d’affaires fortuné, mégalomane et paranoïaque, vivait reclus et ne s'était plus exprimé publiquement depuis des années quand, en 1971, Clifford Irving s'enquit, sous sa plume, de le faire parler. Incroyable destin que celui d'un auteur (presque) raté qui décida d'écrire une fausse autobiographie du milliardaire excentrique, dupant son éditeur, le magazine
Time et toute l'Amérique. Et c'est là le premier attrait de ce
Faussaire : une arnaque à la hauteur de son légendaire sujet, qu'il ne rencontra évidemment jamais. Un canular historique.
Hughes, qui désirait contrôler les hommes politiques, finança les campagnes des candidats à la présidentielle, dont celle de
Richard Nixon. Un moyen de pression opportun alors qu'une cour californienne lui demandait 137 millions de dollars pour ne pas avoir comparu, et au moment du difficile rachat de la compagnie aérienne Air West. Nixon ne déclara pas la somme reçue, commettant une erreur dont Clifford Irving eu vent, et qu'il reporta dans l'autobiographie "autorisée" du puissant homme d'affaires. La crainte que l'information filtre par ce biais fut une des causes du
Watergate, scandale fatal au président républicain.
"
Pourquoi laisser la vérité gâcher une bonne histoire ?", interroge l'affiche du film. William Wheeler s'est posé la même question, et son scénario ne respecte pas toujours la véracité des faits. Irving, engagé comme conseiller technique sur le tournage, a souhaité à la lecture du script final que son nom soit retiré du générique. Le spectateur curieux pourra regretter, en se documentant sur le sujet, les libertés prises sur une histoire déjà très hollywoodienne pourtant.
Les quelques images d'archives, les couleurs, les décors et les costumes participent de l'ambiance retro, et plongent assez sympathiquement les personnages dans ce contexte brûlant des jeunes années 70. Le rôle d'Irving sied parfaitement à
Richard Gere, qui a fait une jolie permanente, posé une prothèse sur son nez et mis des talonnettes pour gagner quelques centimètres. L'acteur est drôle et convaincant, encore plus à mesure que, fasciné par Hughes, il l'imite puis lui ressemble. Les autres comédiens sont tout aussi séduisants, Alfred Molina notamment, qui campe le meilleur ami et complice d'Irving, Dick Suskind, téméraire angoissé.
Leur relation fraternelle est un des plaisirs du film qui, bien qu'il en procure beaucoup, semble toujours se chercher. A cheval entre différents genres, il ne s'attache jamais à aucun. La fantaisie l'emporte sur la trame politico-historique, mais reste timorée. La mise en scène est classique, même si Lasse Hallström tente quelques audaces dont ces précédents long-métrages (
Le Chocolat,
Terre Neuve,
Une vie inachevée) ne regorgeaient guère. La spirale du mensonge dans laquelle s'enfonce Clifford Irving n'attire le film ni vers la folie ni vers le drame philosophique. Ses déboires amoureux, un peu secondaires, ne font qu'effleurer un aspect intriguant du personnage.
Julie Delpy, maîtresse de l'écrivain, n'apparaît pas plus d'une minute à l'écran (détail amusant : Nina van Pallandt, la comédienne danoise dont elle interprète le rôle jouera, en 1980, aux côtés de Richard Gere dans
American Gigolo). Enfin les échanges cocasses entre l'auteur et son ami Dick Suskind, ne font pas non plus du film d'Hallström, sous de faux airs d'
Arrête-moi si tu peux, un singulier buddy movie.
Assurément l'on passe un bon moment devant ce
Faussaire mais le réalisateur suédois aurait gagné à pousser la fantaisie formelle plus avant, à suivre Clifford Irving, et Howard Hughes, un peu plus loin dans leur folie. Un pari que Richard Gere semblait tout à fait prêt à relever.
Faussaire
Un film de Lasse Hallström
Avec Richard Gere, Alfred Molina, Marcia Gay Harden, Hope Davis, Stanley Tucci et Julie Delpy
Sortie en salles le 13 juin 2007
Jordan Ricker
Le 13 June 2007