Fenêtre secrète de David Koepp


Critique

Note du film  par la rédaction

Lecteurs

Note du film  par les lecteurs

Votre note

Je est un autre



« La seule chose qui compte, c'est le dénouement, la partie la plus importante de l'histoire ». Le leitmotiv de la bande-annonce ne dupe pas dans cet énième clip schizoïde où tout ne serait que faux-semblants. Une adaption malheureusement linéaire, un film tellement prévisible.
Dans la veine « adaptations en chaîne » qui secoue Hollywood, Fenêtre secrète s'inspire d'une nouvelle du roi de l'épouvante Stephen King. Vue imprenable sur jardin secret (titre original) raconte la débâcle d'un écrivain, inculpé du pire crime en tant que tel : le plagiat. La tension qui habite son procès est d'autant plus aguicheuse que l'accusateur semble déjà tout connaître de l'accusé, la réciproque au contraire ne se profile qu'à tâtons dans l'intrigue.

Celle-ci en fait ne s'avère qu'un échappatoire thérapeutique pour King lui-même. Car derrière son personnage de Mort Rainey, le romancier dissimule sa propre identité et les doutes qui l'accompagnent. En 1987, l'auteur de Carrie et Shining, à l'apogée de sa carrière, décide d' « assassiner » Richard Bachman, un pseudonyme auquel il doit quelques-unes de ses lettres de noblesse (entre autres Running Man et Marche ou crève) mais dont il n'a plus cure. Il révèle alors l'alias dans La part des ténèbres. Seulement, à la parution de ce dernier opus, King sent son meurtre inachevé : s'il a rayé Bachman administrativement, celui-ci résiste encore à travers ses œuvres. Il s'interroge alors avec cette nouvelle, qui de lui ou de son double est maître de l'histoire ? Une paternité qui le hante comme John Shooter va hanter Mort Rainey.

La trame de Vue imprenable... joue donc sur une relation triangulaire : l'auteur, le personnage et la fiction. Or, transposé à l'écran, le trio devient duo. La fiction est occultée, elle passe de l'élément clé (sa disparition engendrant également celle des deux autres pôles) au simple prétexte du rapport de force entre l'écrivain et son ombre. Dès lors, on assiste à une resucée de lutte manichéenne pour le contrôle de la même entité, avec d'un côté du ring Rainey le loser sympathique, et de l'autre Shooter l'inconnu menaçant. Schéma schizophrène qui, après avoir obsédé De Palma (L'Esprit de Caïn), Lynch (Lost Highway) ou Fincher (Fight Club) durant la décennie précédente, semble un brin usé aujourd'hui.

Avec un tel passé cinéphilique, l'épilogue tant décrié se devine sans effort dès la vingtième minute. Le reste n'est que longueurs comblées par les gaucheries de Johnny Depp - qui pensait probablement s'engager dans une comédie -, et la photo en effets de miroir, à laquelle on pourra toujours décerner un bonus - et il en faudra - dans la prochaine édition DVD. Puisque de cette allégorie à la dualité, on ne retiendra qu'un duel de statut : celui de l'œuvre (espéré de par la combinaison Koepp, King, Depp, Turturro) et du produit.

Fenêtre secrète
Un film de David Koepp
D'après la nouvelle Vue imprenable sur jardin secret (éd. Albin Michel) de Stephen King.
Avec : Johnny Depp (Mort Rainey), John Turturro (John Shooter).
Sortie nationale le 14 avril 2004

David Fernandes Le 13 April 2004