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L'argument servant de deus ex machina ne manquait pourtant pas d'ingéniosité : Freddy, pour exister et tuer - ce qui revient au même -, a besoin de la peur qu'il fait naître dans l'esprit de ses futures victimes. Malheureusement pour lui, la société s'est ingéniée à l'oublier. Aussi décide-t-il de faire sortir d'outre-tombe Jason, Golem de l'horreur, afin de l'amener à sévir dans une maison de Elm Street, la rue de ses premiers exploits. Parvenu à ses fins, son nom redevient synonyme d'effroi et la sarabande de meurtres recommence. Mais sa marionnette lui échappe et lui « vole » quelques-unes de ses proies.
Passée une première demi-heure amusante à force de lecture au deuxième ou troisième degré (du genre « châtiment de vilains adolescents hypocrites, prônant la haine de la cigarette pour mieux se saouler et baiser dans tous les coins ») et de donzelles dénudées s'égosillant pour le plaisir des mâles concupiscents, le reste est bien banal. Ce n'est que poursuites, tueries, décapitations, bains de sang, saupoudrés de hard rock et filmés sans originalité. On est loin, par exemple, de la litanie de meurtres plein d'invention - car il en faut pour assassiner son prochain sans l'ennuyer - des grandes œuvres de Dario Argento. En dehors d'une partie de flipper géant avec Jason en guise de boule et une ou deux idées de scénario (des jeunes que l'on empêche de rêver, soi disant pour leur bien, en leur faisant ingurgiter d'étranges pilules), le match ne sort jamais des ornières bien tracées par les sponsors. Il ne fait que confirmer la suprématie de Krueger sur Jason, l'univers onirique du premier, source potentielle d'insolite, l'emportant largement sur la violence brute du second.
Se refusant de trancher quant à la victoire de l'un ou de l'autre, le film bégaie. Aucun enjeu ne vient lui redonner un peu de souffle. L'aspect commercial, évident mais mis de côté par l'indulgent spectateur, l'emporte et noie l'ensemble. Faire sortir de leur retraite ces papys du gore n'était qu'une fausse bonne idée. Le résultat prouve néanmoins une chose, que le cinéma est une étrange machine à recycler, capable de produire un objet à partir de n'importe quoi.
Dans la catégorie « combats homériques », il y eut Dracula contre Frankenstein, Maciste contre Hercule et Godzilla contre King Kong. Après ce piètre Freddy contre Jason, il ne nous reste plus à attendre que, dans un moment d'oubli, un producteur fumeur d'opium et atteint de delirium tremens finance un Hannibal contre Elephant Man.
Freddy contre Jason
Un film de Ronny Yu
Avec Robert Englund, Ken Kirzinger, Monica Keena, Jason Ritter, Kelly Rowland, Katharine Isabelle, Brendan Fletcher.
Etats Unis / 2003 / 95'
Sortie officielle le 29 octobre 2003
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