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Ghost Dog, la voie du samouraï

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La Voie du Samouraï

Après le superbe Dead Man, Ghost Dog vient confirmer avec humour et élégance le grand talent de Jim Jarmusch.

Ghost Dog, un tueur à gage noir, vit dans une cabane sur le toit d'un immeuble situé dans un quartier pauvre de New York. Des pigeons qu'il loge dans une volière sont ses seuls compagnons. Nourri de textes et de philosophie samouraïs, son efficacité et sa discrétion sont totales. Suite à un imprévu lors de l'exécution d'un contrat, ses employés - la mafia locale - décident de se défausser de lui. Trahi, il choisit de se venger à la manière d'un samouraï.

Avec Dead Man son film précédent, Jim Jarmusch revisitait le genre du western et en profitait pour enfin réaliser le chef d'œuvre que l'on n'osait plus espérer. Ghost Dog, par sa mise en scène et son propos, est dans la lignée de Dead Man. Le cinéaste américain confirme qu'il est capable de mêler avec talent et personnalité : fiction et documentaire. Ainsi, si le film obéit à un schéma fictionnel très classique avec son héros solitaire confronté à une bande de "méchants", il est aussi le reflet culturel et social d'une certaine Amérique. Fidèle à son habitude, Jarmusch crée des personnages inspirés : de marginaux, de pauvres ou provenant des minorités ethniques, loin de ceux proposés par Hollywood. Dans Ghost Dog le héros est un samouraï, mais il est aussi un noir vivant dans un ghetto, avec tout ce que cela représente aux Etats-Unis.

Car Ghost Dog n'est pas un hommage aux films de samouraï japonais. Réactualiser ce genre de personnage dans la peau d'un noir américain n'est pas gratuit. C'est rendre compte de son influence dans la culture afro-américaine moderne, le rap notamment. C'est d'ailleurs un membre du groupe culte Wu Tang Clan, Rza, qui a composé la bande originale rythmant le film et en particulier les promenades nocturnes du personnage magnifiquement interprété par Forrest Whitaker.

Il incarne le héros d'un peuple en lutte contre un pouvoir abusif, un thème classique des films de samouraï. Jarmusch va éviter la lourdeur politique et symbolique avec un humour admirable. L'ennemi ici, c'est la mafia ou plutôt ce qu'il en reste, des vieillards séniles, des gangsters pathétiques et dépassés s'accrochant à un pouvoir qu'ils n'ont plus, à une crainte qu'ils n'engendrent plus. Si Dead Man faisait exploser le mythe du western, du courageux cow-boy construisant l'Amérique, Ghost Dog fait, lui, exploser le mythe d'une "cosa nostra " souveraine.

D'ailleurs, comme dans Dead Man, la destruction du mythe dans Ghost Dog s'accompagne de la mort rédemptrice de son bourreau. Victime rejetée pour sa différence par une Amérique dure et sans pitié, Ghost Dog trouve sa voie dans une culture, une philosophie autre, accédant ainsi à une mort digne empreinte de valeur et de sens.

Par la poésie et l'élégance de sa mise en scène, son humour pince sans rire et la subtilité de son propos, Jarmusch signe avec Ghost Dog, la Voie du Samouraï un nouveau grand film. Cette œuvre confirme aussi que Jarmusch est en train de s'ouvrir une voie royale vers le panthéon des grands cinéastes américains.

Ghost dog, la voie du Salouraï
De Jim Jarmusch
Avec Forest Whitaker, Isaack de Bankolé
France, Allemagne, Etats Unis, 1999, 1h56.

Christophe Régin