| . | Entretien avec Patrick Huard |
| . | Entretien avec Rémi Bezançon |
| . | Entretien avec Albert Serra |
| . | Entretien avec Rachida Brakni |
| . | Entretien avec George Clooney |
| . | Toutes les interviews ciné |
| . | Le Silence de Lorna |
| . | Be Happy |
| . | Rien que pour vos cheveux |
| . | Star Wars: The Clone Wars |
| . | Un mari de trop |
| . | Toutes les critiques ciné |
| . | Les films de l'été |
| . | Palmarès Cannes |
| . | Histoire du cinéma mexicain |
| . | Super héros et cinéma |
| . | Cinéma et Rock'n'roll |
| . | Tous les dossiers ciné |



L’adaptation du roman de Roberto Saviano a bizarrement reçu le Grand prix du jury à Cannes. S’il ne rentrera pas au Panthéon du genre, il a cependant le mérite d’offrir un regard inhabituel sur le Milieu et ses rouages les plus minuscules.
Gomorra s’attache à présenter des tranches de vie d’habitants d’un quartier de la région napolitaine : le gamin de 13 ans qui veut faire ses preuves et intégrer le gang de ses héros, les petites frappes de 20 ans qui jouent aux futurs parrains et en prennent les tics agaçants, le couturier coincé, le comptable effacé, etc. Telle est son originalité : les pontes et autres parrains ne sont guère évoqués. Le récit se penche avant tout sur les « petits », les « riens du tout » qui constituent la base de l’organisation et, souvent, la subissent. Premiers fusibles à sauter en cas de problème, ils sont indispensables au fonctionnement de l’organisation tentaculaire et interchangeables à volonté, comme de vulgaires plombs susceptibles de sauter à tout moment. Et, bien sûr, ils sautent vite dans la chaleur du sud de l’Italie.
L’aspect le plus réussi du film est sans conteste la topographie oppressante des lieux. Elle accentue la claustrophobie implicite du Milieu. De grands et longs immeubles abîmés, soit en escalier, soit en blocs parallèles constituent des ensembles fermés, dont le ciel est absent et les rares ouvertures surveillées. Dans ce château fort moderne en état de siège permanent, les gamins, guetteurs ambitieux mais fragiles, sont en haut des miradors. Du plus jeune au plus vieux en passant pas les « Mamas», ils sont tous pris au piège d’un environnement qui ne laisse aucun choix. Pas de juste milieu donc, pas de neutralité envisageable : il faut être avec ou contre la mafia. Dans cet environnement, ne pas choisir c’est déjà mourir.
Matteo Garrone, le réalisateur, ne s’en cache pas : «L’histoire était si puissante d’un point de vue visuel que je me suis astreint à la filmer avec une simplicité extrême. » Le récit souffre malheureusement de cette absence de recherche et surtout du manque de construction dramaturgique qu’implique le parti pris de se focaliser sur « ceux qui ne choisissent pas ». Il y a trop de personnages, ou pas assez de temps, pour les identifier clairement et s’intéresser à leurs problèmes. Par ailleurs, certaines pistes prometteuses telles que les interactions entre la mondialisation et la mafia ou encore l’influence des icônes cinématographiques (Le Parrain et Scarface) sur l’imaginaire des aspirants mafieux sont esquissées mais pas vraiment exploitées. Même s’il n’est pas surprenant que l’écrit s’avère une forme plus adaptée à ce type de récit, le film aurait pu bénéficier d’un meilleur traitement. C’est une déception.
Gomorra
De Matteo Garrone
Avec Salvatore Abruzzese, Gianfelice Imparato, Maria Nazionale
Sortie en salles le 13 août 2008
