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La structure décousue du film, d'emblée, surprend : prologue en caméra super-8, mélange d'archives et d'inserts vidéo. La douce musique de Yann Tiersen permet de maintenir une certaine harmonie de l'ensemble, l'exercice de collage, à l'image du générique tout en prisme et en couleurs, se muant rapidement en fiction intimiste à propension historico-documentaire. Le personnage du fils semble dans un premier temps manquer d'épaisseur, désincarné, privé de teneur physique et psychologique. À l'image d'un marionnettiste tenant un petit théâtre de misère, il décide alors d'organiser l'espace (de la chambre) et de raconter une histoire à sa mère afin de la maintenir en vie.
L'aspect comique de Good Bye Lenin ! apparaît soudainement, lors des séquences de détournement d'actualités orchestrées par le fils même, séquences les plus réussies du film et qui en dévoilent la part cachée. Que ce soit devant ou derrière l'écran de télévision que la mère regarde, alitée, prime alors une reconstitution métaphorique (du décor, de la vie du dehors), détournement de l'espace social mis en scène puis mis à nu. Une représentation du mensonge pathétique et drôle, répétitive et burlesque.
Parallèlement, face à un réel falsifié, truqué, la mère s'étonne et s'inquiète. Le fils, lui, s'emmure dans le silence. Ce qui touche réside ici : dans le mensonge d'Alex qui s'échine à faire vivre sa mère, il ne s'agit pas tant d'une logique classique du mensonge, que d'une profonde abnégation, qui touche presque à l'aliénation. Édifiant, le film ainsi ne se départ jamais d'un passionnant paradoxe. Il va même jusque s'en éprendre. Paradoxe de l'Histoire, paradoxe d'un pays. La vie du fils se scinde, alors que la ville se transforme et qu'affluent publicités, voitures occidentales et émigrants à l'Est.
C'est en se hissant hors de la maison, en se promenant dans la ville nouvelle, que la mère fébrile insuffle un nouveau souffle de vie à Good Bye Lenin !. Le communisme est tombé, la vie reprend, tandis que s'ouvrent les frontières. Figure matrice du film, la mère incarne ainsi l'histoire d'un pays recomposé. Vivant, unifié.
Good Bye Lenin !
de Wolfgang Becker
Avec Daniel Brühl, Katrin Sass, Chulpan Khamatova, Maria Simon…
Scénario original : Bernd Lichtenberg
Adaptation : Bernd Lichtenberg et Wolfgang Becker
Directeur de la photographie : Martin Kukula
Musique : Yann Tiersen
Meilleur film européen - Festival de Berlin 2003
Sortie le 10 septembre 2003
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