Good Night, And Good Luck. de George Clooney


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Par-delà la lucarne



Le deuxième film, très attendu, de George Clooney, a tout pour plaire. Le glamour du noir et blanc des années 1950, la force et la puissance d'une bataille idéologique, l'ampleur d'un combat pour que règne la justice... Tout cela saupoudré d'une certaine subtilité virtuose : vivifiant.
Le McCarthysme, la chasse américaine aux sorcières communistes menée par le sinistre sénateur, est un sujet sympathique. Il montre les Etats-Unis en colosse aux pieds d'argile, versant dans l'horreur fascisante avec allégresse et unilatéralisme, le tout sur fond de prospérité économique et de beurre de cacahuètes. Outre le fond séduisant de nostalgie que convoque tout film sur les fifties, parler de la chasse aux sorcières permet de dénoncer un système inique dont ont été victimes nombre de petites gens et de gloires passées, de se placer de leur côté. Pas très compliqué d'acquérir la sympathie des spectateurs dans ces conditions-là. La Liste noire, réalisé en 1991 par Irwin Winkler, l'avait fait de manière assez efficace. Très hollywoodien, le long-métrage révélait une réalité manichéenne et défendait le héros solitaire alors incarné par Robert de Niro. Loin de s'arrêter là, George Clooney ne se focalise pas sur les victimes, ce qui le place déjà dans une certaine originalité. Il se concentre sur un juste, un qui ne s'est pas laissé emballer par cette affaire : le présentateur d'une émission de talk-show Edward R. Murrow.

Clooney s'est emparé d'une histoire vraie, celle de cet homme intègre, à la tête d'une équipe de rédacteurs soudés. Modèle du journalisme d'investigation, Murrow clôturait toutes ses émissions hebdomadaires par le « good night and good luck » du titre. Magistralement interprété par de David Strathairn, d'ailleurs nominé à l'Oscar du meilleur acteur, c'est un héros d'apparence tranquille qui a simplement une haute idée de son travail : informer, quel qu'en soit le prix. Cette attitude lui permet de traiter d'égal à égal avec l'injustice du sénateur McCarthy et de démonter avec méthode et efficacité le système de condamnation. Comme Murrow diffusait des extraits des procès au sein de son émission, Clooney a choisi de faire de même et d'insérer des images d'archives dans son film. Geste toujours ambigu car il brouille les limites entre fiction et réalité, il pose sans fracas la question de la mise en scène.

L'irréproductible hargne de McCarthy
On pourrait dire qu'entre le reportage, degré minimal de direction, et la fiction, son degré maximal, Clooney fait le grand écart. Pour Grant Heslov, scénariste, coproducteur et acteur du film, choisir de ne pas rejouer ces passages permettait de se dégager de la question de l'interprétation de l'horrible sénateur : « si un acteur, aussi bon soit-il, avait joué les textes, les discours et les interventions avec la même hargne que le vrai, tout le monde aurait jugé qu'il surjouait et en faisait trop ! En utilisant les vraies images de ses interventions, nous respections son éloquence et ses propos sans rien manipuler. » Là où le réalisateur réussit son coup, c'est justement dans la mise en scène. Il parvient en effet à créer une sorte de continuité. Sa direction des séquences purement fictionnelles résonne avec ce qu'on voit des tribunaux des années 1950. Pendant cette période, la lourdeur des dispositifs de reportage, leur faible mobilité, déterminait largement la place des caméras choisie également en fonction de la lumière. Clooney s'en inspire et joue magnifiquement avec la photographie qu'on doit à Robert Elswit. Toutefois, les images d'archives qui ponctuent les séquences sont tellement passionnantes et séduisantes qu'on en vient à se dire qu'elles auraient presque suffi à elles-mêmes. Dès lors, face à elles, le spectateur se trouve dans un sentiment de va-et-vient : entre acceptation des contraintes imposées par l'histoire et rejet de ce procédé trop peu orthodoxe pour être honnête. Surtout que le film prône la droiture et qu'il résonne avec l'actualité des années 2000.

C'est d'ailleurs une des prouesses de ce film. Dans une séquence introductive, le héros s'exprime face à l'ensemble de la presse. La tempête est finie, il va recevoir un prix pour son professionnalisme. Avant que le flash-back ne commence, le réalisateur lui fait prononcer un discours qui évoque immanquablement l'actuelle guerre en Irak et les chasses aux sorcières musulmanes d'aujourd'hui. Il dénonce de manière sous-jacente mais franchement perceptible - peut-être un peu trop - le gouvernement Bush et sa kyrielle de mesures liberticides. Avec ce portrait d'un journaliste et de son émission télévisée, au temps où ce média était encore balbutiant, Clooney propose une belle réflexion sur le pouvoir médiatique. Très justement, il n'oublie pas les conditions économiques dans lesquelles il s'exerce. Murrow, présentateur vedette de CBS risque de faire fuir les riches annonceurs dont sa chaîne a besoin, avec des émissions sur McCarthy. Pour conserver son pouvoir, qui en dérange plus d'un, il met en jeu sa fortune, paie le manque à gagner pour que son émission continue d'être programmée.

Déjà, le pouvoir de la télévision
George Clooney ne souhaitait pas faire un film à la gloire de Murrow : « Faire cela aurait tout simplement diminué la portée de ce qu'il a accompli, dit-il. Pour rendre justice à ce qu'il avait osé, il suffisait de traduire la réalité le plus fidèlement possible. Je voulais restituer le contexte et montrer l'importance de son action, contre le pouvoir et même contre sa hiérarchie. Son action a aussi prouvé de façon spectaculaire que la télévision peut faire basculer les opinions, et c'est là un point essentiel à mes yeux. La manipulation des masses est possible par ce média, on s'en rend compte tous les jours mais cette fois-là, elle a été un vecteur de vérité. C'est l'un des rares cas, sûrement le plus emblématique, où la télévision a réussi à renverser l'opinion des gens face à une politique de manipulation. »

En effet, si on se dit que la télévision d'alors était beaucoup moins spontanée, on se demande aussi, qui aujourd'hui, en France, oserait affronter le pouvoir de cette manière. Et de se dire que malgré la prolifération des médias, le quatrième pouvoir s'est vidé progressivement de sa substance... A l'heure actuelle, aux Etats-Unis, Oprah Winfrey, reine des talk-show qui officie sur ABC, propose à ses téléspectateurs d'ouvrir les yeux. Non sur les invraisemblances étatiques mais sur des supposés « délinquants ». Quiconque dénoncera et permettra l'arrestation d'une personne soupçonnée de violence sur mineur, empochera une petite somme mise à disposition par la star ! Malgré toutes les dénonciations, les chasses aux sorcières médiatisées sont toujours en vogue même si l'ostracisme à le visage changeant.

Good Night and Good Luck
Un film de George Clooney
Etats Unis, 2005
Durée : 1h33
Avec : David Strathairn, George Clooney, Robert Downey Jr., Patricia Clarkson...
Sortie salles France : 4 janvier 2005

Anne-Laure Bell Le 11 janvier 2006







Casting de Good Night, And Good Luck.

Réalisateur : George Clooney
Avec : Jeff Daniels, David Strathairn, Alex Borstein, Rose Abdoo, Peter Martin, Christoph Luty, Jeff Hamilton, Matt Catingub, Tate Donovan, Reed Diamond, Matt Ross, ...



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