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Tsai Ming-Liang radicalise son dispositif jusqu'à le conceptualiser. Maniaque, mauvais influence d'un détour au Fresnoy, cette école d'art française si bien côtée dans laquelle il a enseigné ? Preuve probable des limites de son cinéma ? Cherchons encore. Dans Goodbye dragon inn, le temps dure parfois trop longtemps, les plans s'étirent et semblent quelques fois n'enregistrer plus que leur propre intention. Nous ne sommes plus seuls avec l'ouvreuse mais c'est elle qui devient seule dans le plan. Cette obsession de la durée, du plan fixe, parfois vaine tant elle n'arrive plus à dissimuler ici son manque d'objet réel - ou plutôt tant elle nous montre ce qu'il faudrait voir -, cache aussi les aspirations d'un film obsédé par une volonté de ne pouvoir laisser le temps lui échapper.
Les images de ces solitudes vagabondes - entre l'immensité trop vaste de la salle, vidée de l'intérieur par des spectateurs trop absents, et les couloirs où l'homosexualité de certains trouve ses dernières heures de caresses discrètes et retenues - semblent incapable de se résoudre à quitter la salle. En glissant dans les matières, les couleurs, la lumière, une nostalgie (un peu de passé au travers duquel passe d'abord la représentation de ce cinéma populaire comme moment de rencontre en solitaire), Tsai Ming-Liang transforme presque en momie ces anonymes et ces lieux qu'il ne semble pouvoir se résoudre à laisser s'enfuir dans le cours immuable des événements. Entre les silences des voix, les regards croisés, que l'on évite, dissimule, entre frustration et élans pulsionnels, Goodbye dragon inn transforme cette salle au crépuscule de son histoire en un dernier crépitement de l'âme que Tsai Ming-Liang filme comme s'il ne pouvait plus demander de couper.

Enfin Lee Kang-Sheng, Jean Pierre Léaud du cinéaste taiwanais, icône constante du cinéma de Tsai, son alter ego, interprétant ici le rôle du projectionniste, bien sûr, comment pouvait-il en être autrement ? ferme la salle. Dehors il pleut, comme toujours chez Tsai. Une chanson des années soixante (Tsai nous l'indique par un carton) se fait entendre. Nous restons là, toujours plus seul, toujours spectateur de cinéma, à l'écoute, au regard. C'était un nouveau film de Tsai Ming-Liang. Mais peut-être celui-ci était-il plus ancien ? Après tout, cela n'a pas d'importance.
Au revoir, Dragon inn (Goodbye dragon inn)
Un film de Tsai Ming-Liang
Taiwan, 2003, 80mn
Avec : Lee Kang-sheng, Tien Miao, Chen Shiang-chyi
Sortie nationale le 21 juillet 2004
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