Grace is Gone de James C. Strouse


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Géopolitique de l'intime



Outre-Atlantique, Grace is Gone n'a pas dépassé le circuit des festivals indépendants, Sundance en tête. Le signe d'un film engoncé dans sa vision limitée d'un sujet cherchant à surfer sur l'actualité sans vraiment oser aller jusqu'au bout de ses parti pris.

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La candeur avec laquelle l'Amérique redécouvre les conséquences réelles de la guerre a de quoi laisser dubitatif. Que l'éveil paresse tardif, que le pays ouvre enfin les yeux sur Bush et sa volonté d'envahir l'Irak, tout ça pourrait, de loin, porter à sourire. Fatalement lorsque le cinéma s'empare de cette réalité, de ce climat, et ici des familles qui voient mourir leurs proches dans un conflit aux enjeux incertains, les films affichent cette même naïveté. Grace is Gone, premier film de James C. Strouse, scénariste du beau Lonesome Jim, prend donc la piste du mélodrame avec la lourde tâche de montrer comment un père conservateur, républicain, pro guerre et militaire déchu (John Cusack, borderline) va révéler à ses filles la mort de leur mère en Irak. Pour ça le film emprunte le chemin assez facile du road movie : quitter le domicile familial sur un coup de tête, un mensonge, pour emmener les filles dans un parc d'attractions, Enchanted Gardens (attention symbole). Le récit, simple et balisé, sera d'abord celui d'une fuite et d'un secret menaçant la cathédrale des valeurs et des sentiments : comment expliquer à ses filles, quand l'une est en âge de comprendre la globalité des enjeux et l'autre encore trop jeune pour en saisir la nuance, la perte de leur mère ? Comment expliquer ce qui touche au plus profond tout en remettant en cause la totalité de vos convictions politiques ? Comment se situer face à une inversion des rôles ambiguë, quand la mère renvoie le père à son propre échec ?

Le film travaille une double modalité. Pudique il se concentre sur une radiographie en douceur de ses personnages, filmant avec délicatesse les liens ou déconnexions d'une famille touchée par une mort dépassant le cadre de l'intime. Manifeste, il s'avère assez binaire, multipliant les oppositions dialectiques tranchées : le père pro guerre qui a voté Bush, largué face à tout ça, ses filles, avec la mort de sa femme, VS son frère, trentenaire barbu au chômage, fumeur (on insiste lourdement), caricature de gauchiste proto hippie qui enseigne à ses nièces la liberté de penser. Chez Strouse, le monde est simple, parfois grossier, ce qui tranche avec la complexité prétendue de l'intrigue psychologique sous-jacente que Cusack est supposé assumer - et dont on doute de la réussite. Car si Grace is Gone veut finalement mettre de côté les enjeux politiques pour mieux les resituer à la base : la perte de l'être cher à la guerre comme prise de conscience individuelle et collective, il a du mal à dépasser un programme de mise en scène limité. Dans leur double gone (partir et mourir), Strouse et Cusack offrent une courte vue des choses. Au sentiment de résignation général répond cette volonté de dissoudre par les larmes la poudre de l'éveil, sauf que le processus, distant, survolant l'Amérique des suburb avec mélancolie au son d'une musique signée Clint Eastwood, finit par être une consolation s'excusant presque d'être polémique.

Grace is gone
De James C. Strouse
Avec John Cusack, Alessandro Nivola, Gracie Bednarczyk
Sortie en salles le 28 mai 2008

Illus. © TFM Distribution

 

Jérôme Le 27 May 2008
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Casting de Grace is Gone

Réalisateur : James C. Strouse
Avec : John Cusack, Nathan Adloff, Gracie Bednarczyk, Heather O. Craig, Doug Dearth, Michael Thomas Dunn, Brian Patrick Farrell, Andrea Frisby, Dana Lynne Gilhooley, Zach Gray, Suzanne Lang, ...



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