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La saine vulgarité des films de John Waters fait partie du passé. Ce qui autrefois tenait encore chez lui de la subversion est maintenant la norme. C’est le passage obligé de la contre-culture, elle est volatile, un mouvement voué au suicide, pire l’extinction. Dans les années quatre-vingt, après avoir donc survécu au virage fatal des seventies, Waters s’est gentiment adouci, policé. Moins marginal, sans abandonner complètement le trash et ses idoles (notamment son actrice fétiche, le travesti Divine), il se lançait dans ce qui reste et restera sans doute son plus grand succès, la comédie musicale Hairspray. A l’époque (1988), on peut dire que le propos du film était déjà décalé, que cette chronique adolescente de l’Amérique des sixties sur fond de ségrégation des Noirs arrivait trop tard et que Waters tombait dans le consensuel, voire le politiquement correct. Malgré son folklore et l’ère reaganienne, l’aventure de cette lycéenne rondouillarde qui devient en même temps la star d’un show musical télévisé monopolisé par une Amérique blanche en pleine santé, et en plus milite pour les droits des noirs, n’était guère subversive. Elle était plutôt un portrait à la fois acide et tendre d’une époque, une sorte de souvenir et d’éloge teintée de critique.

La force d’Hairspray est d’arriver à faire passer son éloge multiracial, son principe de séduction et d’érotisation des corps, dans la construction, voire la matière même du film. Déluge de couleurs fluos et pastels soulignées par un flot quasi ininterrompu de chansons toutes fabuleuses, le film devient un kaléidoscope où le rythme colle à la peau de tous. Mieux, il ne perd jamais de vue sa candeur, sa naïveté, trimbalée d’un bout à l’autre par Nikki Blonski qui finit par s’imposer avec une évidence incroyable. Chaque second rôle, surtout Christopher Walken, participant à communiquer une humeur qui, en plus de ne jamais trahir l’esprit de Waters, donne au film sa grandeur démocratique. Parfait d’un bout à l’autre sinon la présence de John Travolta en femme reprenant le rôle joué par Divine (on croit assister à une performance à chaque scène, ça peut gêner), Hairspray est sans doute un film qui n’a rien à dire ni vraiment à inventer mais qui traite de son genre avec une fidélité d’esthète. Shankman s’y révèle en grand amoureux de la comédie musicale qu’il traite avec un respect total de la mise en scène, voire du moindre détail. Tout est précis, parfaitement fabriqué, chaque acteur a sa place, et la construction est d’une transparence limpide (tout s’enchaîne avec une sensation d’illusion permanente). Le film réussit enfin à ressusciter ce prisme sentimental des sixties à renfort d’élans où le blanc et le noir se mélangent avec un enthousiasme naïf à pleurer.
Hairspray
D'Adam Shankman
Avec John Travolta, Christopher Walken, Michelle Pfeiffer
Sortie en salles le 22 août 2007

© New Line Cinema
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