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D’un énième remake d'Halloween, on pouvait craindre le pire. Mais c’était sans compter sur la présence aux manettes de Rob Zombie, sans doute le meilleur réalisateur de films d’horreur depuis… John Carpenter. C’est dire l’accomplissement.
Carpenter ouvrait son film par une mythique scène en caméra subjective, adoptant le point de vue d’un enfant massacrant sa famille le soir d’Halloween. Ce procédé nous empêchait de voir les traits du personnage, par la suite toujours caché derrière un masque, sorte de Boggey Man fantomatique. Rob Zombie décide d’inverser le procédé en nous dévoilant non seulement le visage, mais aussi un morceau de l’enfance de ce tueur implacable. Petit blondinet pas vraiment rieur, Mike s’amuse à découper des animaux avant de passer à un camarade de classe, puis à sa famille, dans la fameuse scène qui raccorde. Pourquoi cette extension ? Sans doute pour faire de ce monstre un homme, lui donner un corps là où le précédent était avant tout une ombre noire. Et le raccord de l’enfant morbide à l’adulte est radical, puisque le nouveau Myers homme est une masse corporelle de catcheur de plus de deux mètres, qui semble avoir gonflé sous l’accumulation de pensées noires. Scènes de l’enfance et de l’internement sont ainsi bien plus développées ici, nous dévoilant un tueur perturbé, très attaché à sa mère, qui assiste médusée à la transformation de son rejeton, et fasciné par les masques, qu’il fabrique par centaines.
Le masque devient ici plus qu’un outil du tueur, indispensable à sa déshumanisation, un véritable thème du film, comme un hommage de Zombie à Carpenter. Mike nous apparaît pour la première fois portant le masque du clown, qu’il aura aussi lorsqu’il tue son camarade de classe, son premier meurtre. Le sang coulant sur le visage de l’autre enfant dessine une sorte de masque de clown triste, inversé, en miroir. C’est le petit ami de sa sœur qui introduit le masque blanc et impassible du tueur dans la maison des Myers. L’enfant le récupèrera ainsi après le meurtre, et le reprendra 15 ans plus tard, dans une cachette, abîmé par le temps. Désacralisé, ce masque accuse la dimension de sexualité refoulée dans ce personnage de tueur éternellement enfant, dans sa rage meurtrière comme dans sa virginité. Il n’en demeure pas moins autrement plus flippant que le masque Munchoïde de Scream.
Avec sa volonté d’approfondissement du personnage, Rob Zombie n’en oublie pas moins les grands morceaux du film, les deux nuits du crime. Entouré de la même équipe que sur ses précédents films, il retrouve ici cet aspect brutal, comme « pris sur le vif » qui donne à ses scènes de massacre une dimension tellement humaine et « réaliste ». Fini ici le fantôme évanescent : avec sa masse musculaire et sa présence massive, Mike Myers est bien concret, il casse portes et murs et encaisse les balles comme personne. Plus inspiré par les années 1970 que par les films actuels, Zombie retrouve une sorte de cruauté et de sadisme qui déstabilisent en prenant nos attentes à contre-pieds. On imagine le tueur entrer discrètement, il défonce la porte. On l’imagine observant la scène, il est derrière la porte. Assez peu hors-champ finalement, c’est une créature plutôt force de la nature qu’ange exterminateur.
Si Romero est sa conscience politique, Carpenter son grand styliste, Rob Zombie s’impose comme l’humaniste du cinéma d’horreur. Conscient que la plus grande terreur est un sentiment universellement partagé et que le bourreau peut à tout instant se transformer en victime (et réciproquement), il se livre en fait à une méditation sur le temps qui passe. Avec ces images en super 8 censées retrouver la petite enfance du meurtrier, comment ne pas voir une image de l’Amérique qui, au début des années 1970, s’émerveillait de sa gloire alors que l’horreur la plus grande était en elle (guerre du Vietnam, McCartysme, bombe nucléaire…). C’est sans doute là, dans ce qu’il nous offre d’une exploration de la psyché américaine, que Rob Zombie retrouve le génie originel du film, son angoisse bien plus profonde qu’une plaie au couteau. C’est là qu’il signe un très grand film d’horreur.
Halloween
De Rob Zombie
Avec Scout Taylor-Compton, Malcolm McDowell, Brad Dourif
Sortie en salles le 10 octobre 2007 - interdit aux moins de 16 ans

Illus. © TFM Distribution
Sur le web : - Tout Mimi Riquiqui : Halloween pour les petits (ou les peureux) sur Momes.net