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On s'était quitté sur Babe avec la promesse d'un Mad Max 4, et voilà que l'Australien George Miller revient avec Happy Feet, une comédie musicale avec des pingouins. A priori on aura du mal à trouver des liens dans l'œuvre polymorphe de Miller. Pourtant, en cherchant rapidement on découvre vite des filiations, une cohérence qui d'un film à l'autre impose sa logique, ses obsessions, sa vision. Si cette dernière production au casting de stars (Elijah Wood, Nicole Kidman, Robin Williams) semble avancer dans la tranchée grande ouverte des films d'animation animalier en images de synthèse, elle se démarque justement par la présence d'un auteur discret qui impose son univers là où on ne l'attend pas. Tout semble apparemment opposer le monde post apocalyptique de Mad Max à celui des pingouins chanteurs, et pourtant pas tant que ça.

Filant la métaphore, Miller continue de faire évoluer son récit en jouant des références. D'abord dans la prosopopée (donner aux animaux une voix et une conscience humaine) ou l'anthropomorphisme, Happy Feet devient à mi-parcours un plan de réconciliation nord/sud. Un éloge du multiculturalisme passant par la rencontre avec le Mexique, voire la culture latino en général. Toujours par la musique, la danse, le film fait ainsi de son projet quasi expérimental (faire un film en trois couleurs : blanc, noir, bleu, avec des personnages tous identiques ou presque), l'objet d'un discours en adéquation avec le temps des hommes et d'un pays plutôt que celui des pingouins. A mi-chemin, Happy Feet semble être donc un prétexte assez transparent. Mais Miller a plus d'un tour dans son sac et après mille péripéties pour partir à la rencontre de l'inconnu, l'Autre absolu, l'homme qui vide l'océan de ses poissons, le film opère sa dernière transition, la plus imprévisible.
Brisant alors la dimension métaphorique de la prosopopée pour passer à une approche plus littérale (les pingouins sont des pingouins), Miller transforme Happy Feet en fable écolo universelle. Le film donne là ses scènes les plus étranges où Mumble, après avoir traversé les océans, se trouve prisonnier d'un zoo. Sa rencontre avec l'homme derrière les parois de verre d'une fausse banquise n'est pas sans rappeler Mad Max dans sa manière de filmer l'étonnement et l'étrangeté de la présence humaine. Il y a chez Miller une idée du biotope, une recontextualisation de l'homme dans son environnement passant par l'utilité de construire une relation pacifique avec la nature. Ainsi Happy Feet rappelle encore Mad Max : il faut apprendre à communiquer (des animaux aux hommes) et à vivre dans un souci d'équilibre socio démocratique et écologique où les ressources (les poissons remplacent le pétrole) doivent profiter à tous. Cette conscience environnementale, ce souci de la singularité de chacun, l'éloge du multiculturalisme par la musique, font du film un objet aussi consensuel qu'hybride. Une oeuvre qui autrement aurait pu être plus radicale, sans concessions, mais qui malgré tout rappelle la vision trans-humaine et australienne de Miller.
Happy Feet
Réalisé par George Miller
Avec les voix d'Elijah Wood, Brittany Murphy, Hugh Jackman, Nicole Kidman, Hugo Weaving, Robin Williams
Etats-Unis, 2006 - 1h48

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